ADIKALAMANI VIDÉO-SCÈNE - 2021-10-02

Sous forme de vidéo-scène, cette fois-ci, l’histoire tragi-comique d’Adikalamani, souverain méroïtique (de l’ancienne civilisation correspondant à l’actuel Soudan). L’hypothétique complot entre sa kandaké (sa chérie) et le prêtre d’Amon est une question obsédante. Sait-on jamais! Cela dit, ce souverain a t-il existé vraiment? Rien n’est moins sûr. Il se pourrait qu’il fût inventé par un poète épique à l’imagination délirante. Peut-être, son père, Arnékamani, a-t-il existé (?) En revanche, la tradition à laquelle se réfère l’épisode - destinée à préserver la primauté du clergé sur les souverains - elle, paraît avérée.

https://youtu.be/9KxpO4EEPBc


ÉNUMÉRATION - 2021-09-02

L’énumération représente certainement une figure de style majeure dans la Saga de l’Univers. Elle suggère la puissance, l'un des ingrédients générateurs du lyrisme. L’exemple que nous avons choisi pour l’illustrer ci-dessous (27 vers sur 199 que comporte l’épisode Rinascimento) concerne les peintres de la Renaissance liés à la ville de Florence. L”énumération atteint ici une signification particulièrement saisissante car elle est appliquée au génie artistique, manifestation spirituelle la plus élevée de l’Homme, qui s’avère capable de surpasser la force brutale des armes. Il faut y ajouter l’effet produit par la conformation phonique propre aux noms italiens, évoquant la singularité d’un peuple et son unité. L’ensemble contribue à magnifier Florence, cité trismégiste qui se dilate virtuellement aux dimensions de l’univers.

.............................................................
Renaissance' immense mouvement' déploiement
Dont Florence est creuset" pivot' source' épicentre.
Florence' âme et berceau" qui sevra les génies
Giotto' Benazzo Gozzoli' Ghirlandajo
Fra Filippo Lippi" Filippino Lippi.
Florence encor' Florence" encor' toujours' Florence.
Donatello' Della Robbia' Pollajolo
Verrocchio' Lorenzo di Credi' Vasari.
Florence encor' Florence' encor' toujours' Florence.
Piero di Cosimo" Rosso Fiorentino
Del Sarto' Pontormo' Tori' Perugiano.
Se répandant partout" les maîtres italiens
Vers le Nord et vers l’Est" envahissent l’Europe
Ferments de l’harmonie" dont les vivaces fruits
Mûrissent au soleil" s’épanchent dans la neige.
Simone Martini" Gentile Bellini
Fioramenti' Novi' Serlio' Torrigiani.
L’on imite et copie" leurs sublimes chefs-d’œuvre.
Les cités soumettant" les brutaux lansquenets
Pacifiquement ploient" sous le joug des artistes.
Le ciseau' le pinceau' convainquent les monarques
Plus que la barbarie' de l’épée' des boulets.
Giovani Dalmata" Chimenti Camiccia
Quadro' Maïano' Rovenzzano' Cellini...

Sur le bord de l’Arno" l’on eût dit que le Dôme
S’enflant' s’identifiant" à la voûte azurée
De ses rayons glorieux" éclairait l’univers.


LE FRANÇAIS, PREMIÈRE... OU DERNIÈRE DES LANGUES - 2021-08-04

Une réflexion dans le cadre de l'écriture euphonique à partir de l'ouvrage "Le français, dernière des langues" de Gilles Philippe.

https://youtu.be/U2rKGEqX7bA


NOBLES ET PAYSANS AU COMBAT - 2021-07-27

Nous sommes en Chine à l’époque des Royaumes Combattants. Une armée se déploie dans la campagne sous les feux matutinaux de l’aurore... Les nobles, les paysans, sont animés de sentiments contradictoires. C’est ainsi que se confrontent orgueil, humilité. Une opposition utilisée sur le plan littéraire par l’auteur pour développer un diptyque en effets symétriques. L’une et l’autre partie s’unissent dans une vision esthétisante sensible, néanmoins dénuée de toute critique sociale. Extrait du poème épique Le Vasselage (606 vers):

.......................................................
Les nobles combattants" en leurs sangles s’alignent.
Sous les rais séléniens" brasillent les cuirasses
Que rehaussent les feux" des brassards' des jambières
Peints de vermillon clair" et de vive turquoise .
Dans les ceinturons noirs" étincellent des jades.
Le cuir des rênes luit" aux poignets des auriges.
Dans les mains des archers" brillent les fins doigtiers.
Sur le front des chevaux" les médaillons scintillent.
Les sarisses flamboient" sous le bras des lanciers.
Tels opalins soleils " prisonniers des humains
Retenus deux à deux" par les courroies des chars
Les boucliers flambants" de leur ombon rutilent
Dans l’entrecroisement" des épées lumineuses.
L’on croirait un essaim" de galaxies perdues
Laissant un clair sillage" en cette nuit confuse.
Dans leur appareillage" orgueilleux' droits' superbes
Les guerriers paradant" rêvent d’exploits' bravades
Fiers' parés à brandir" leurs armements splendides
Lorsque retentira" le mystique tambour.
Ni piège et ni revers" ne peuvent les dompter
Car ils ont propitié" les génies des chemins.
Sûrs du triomphe' en chœur" jovialement ils chantent
«Nous franchirons leurs cols" nous franchirons leurs vaux.
Pour nous seront les monts" pour nous seront les sources.
Nous franchirons leurs cols" nous franchirons leurs vaux.
Pour nous seront les monts" pour nous seront les sources»

Puis résignés' courbés" suivent les gens du peuple
Sans glaive et sans poignard" les pieds nus sur le sol.
Vêtus en court manteau" par le vent malmené
L’estomac creux encor" du jeûne consacré
Dans le matin livide" ils ont froid' ils ont faim.
Péniblement certains" en de lourds chariots traînent
Les couffes contenant" le riz et le gibier
Dont se régaleront" les nobles au dîner.
Les autres vont portant" les sacs de laiteron
Qu’ils se partageront" le soir avec leurs ânes.
Les premiers attentifs" surveillent les timons.
Les derniers sur le bord" dans les fossés trempés
Ramassent du chiendent" pour le fond des litières.
La nocturne rosée" transit leurs membres gourds
L’effroi de l’avenir" glace leur âme inquiète.
Redoutant le combat" peureux' ils ne comprennent
Pourquoi par ce beau jour" ils vont bientôt mourir
Cependant ce beau jour" ils vont bientôt mourir.
L’on obéit au prince" au feudiste' au pontife
Consignant la coutume" en doctes fantizis
Car le seigneur commande" et lui seul peut choisir
La désastreuse guerre" ou la paix bénéfique.
Sans plainte ils ont posé" la houe pour la massue
Délaissant à regret" dans leurs champs désertés
Les travaux de Chen-nong" pour ceux de Che-yeou.
Les voici fredonnant" un adieu nostalgique
«Nous reverrons bientôt" nos prairies' nos collines.
Que les traits ennemis" n’atteignent nos visages.
Nous reverrons bientôt" nos prairies' nos fontaines.
Que les traits ennemis" n’atteignent pas nos membres»
.......................................................


LA SAGA DES MINOENS NOUVELLE VERSION - 2021-01-05

Nouvelle version de la Saga des Minoens, selon le principe wagnérien du spectacle total: musical, graphique et poétique. Plus précisément, cette conception se rapproche du roman-photo, initié par Alphonse Daudet, mais dont le véritable créateur est le cinéaste italien Stefano Reda en 1947. Selon ce principe, chaque évocation du texte doit être illustrée par une image. Quel média s’impose dans ces conditions? À l’évidence le graphisme, puis la musique, et en dernier lieu le texte, relié à un mode de perception plus intellectualisé, moins immédiat. Là-dessus, il faut particulièrement rendre hommage au talent de Renata Nováková-Daumas qui a su rendre aussi bien la magnificence de Cnossos que l’errance de la flotte aryenne dans la mer nordique. Cette version a nécessité pas moins de 80 dessins, sans compter les nombreux essais et esquisses qui n’ont pas été retenus. Josyane Moral-Robin, par son interprétation, ajoute également son talent et le charme sui generis de sa voix naturelle. Le fond musical permet d’enrober le tout. Que reste-t-il au texte lui-même? Il faut espérer qu’à l’interface entre l’audio et le visuel émergent quelques bribes qui ressemblent (parfois) à des alexandrins.

Rétrospectivement, cette déclamation, altérée par de nombreuses fautes, ne me satisfait plus, ni le texte lui-même qui me paraît insuffisant sur le plan euphonique. Néanmoins, ce sont les témoins d’une recherche prosodique évolutive qui nous a permis d’inscrire de manière unique notre ferveur artistique. Une tentative d’amélioration la détruirait.

https://youtu.be/q1zE3bg7SXw



MÉMOIRES FICTIVES DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE - 2021-02-03

Dans Mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar décrit avec une lenteur remarquable la suite des évènement qui permirent au futur empereur de parvenir à son titre. Sans doute ai-je été frappé par cette approche d’un évenement pressenti, dont l’issue apparaît tellement aléatoire et imprévisible. L’accès comparable de Constantin Porphyrogénète à la tête de Byzance allait me permettre de tenter le même exercice en 87 vers, dans un genre littéraire et un contexte historique, psychologique, différents. À la minutie calculée d’Hadrien dans son ascension, j’opposai le douloureux espoir d’un enfant délaissé, menacé par son entourage.

.................................................
«Je suis le prétendant" le seul fils légitime.
Je suis gênant écueil" aux viles ambitions.
La passion du pouvoir" au cœur de l’Homme ancrée
Change en férocité" civile urbanité.
L’on étudie comment" de la cour m’écarter
Sans devoir se rougir" les mains d’un noble sang.
N’oubliera-t-on bientôt" cette circonspection?
L’unique' ultime but" supprimer les rivaux
Briser' éliminer" les concurrents en lice
Par tout moyen possible" et par toute manœuvre.
Ce mets bien alléchant" me couchera peut-être
La sueur au visage" et la douleur au ventre.
Nul jusque là n’attente" à ma vie misérable.
Suis-je homme trop chétif" maladif' égrotant?
Pourquoi s’évertuer" à supprimer celui
Qu’une mort naturelle" emportera bientôt?
Me voici relégué" second basileus.
Moi' Porphyrogénète" empereur des Romains
J’envie le sort d’un chien" d’un vulgaire animal
Qu’une immonde pâtée" suffit à contenter
Puis' sommeille asosuvi" sur une couverture.
.................................................


LE CID EN RACCOURCI - 2021-03-03

Au cours de son périple, dont nous avons présenté déjà quelques extraits, Marie Anne d’Autriche, afin de rejoindre Vienne à partir de Madrid, traverse l’Espagne, et notamment Valence. C’est là qu’elle évoque la figure du Cid. C’est l’occasion d’un raccourci en 8 alexandrins retraçant en quelques vers la tragédie immortalisée par Guillén de Castro, puis Corneille. Rodrigo, héros de la Reconquista… à condition, sur le plan historique, de ne pas y regarder de trop près. Plutôt mercenaire qui, selon l’expresison populaire, “mangeait à tous les râteliers”. Quant à Ximene, plutôt une ambitieuse assumée qu’une amoureuse transie. Mais la poésie épique, à l’unisson de la théâtralisation, est un philtre magique… Extrait (12 vers sur 885)


................................................
Je rejoignis Valence" où le Turia s’écoule.
Valence l’héroïque" et Valence martyre.
Valence défendue" puis Valence perdue
Puis Valence investie" puis Valence reprise…
................................................
Le souvenir du Cid" imprègne encor la ville.
Don Gormas offensa" don Diège son vieux père
Va-t-il à sa maîtresse" accorder préférence?
Va-t-il à son vieux père" accorder sa revanche?
Mais le devoir prévaut" et s’impose à l’Amour.
Chimène crie vengeance" aux pieds du roi Fernand
Mais Rodrigue s’illustre" en combattant les Maures.
Le voici pardonné. C’est l’Amour qui triomphe.
................................................


MARIE-ANNE D'AUTRICHE EN ITALIE - 2021-04-18

Continuons de suivre la princesse Marie Anne d’Autriche depuis l’Esscorial à Madrid jusqu’à Vienne en Autriche. Après l’Espagne, l’Italie, Naples, Pérouse, Florence, Bologne... Partout, l’histoire est visible, palpable, et bien sûr l’Antiquité, réminiscence qui assimile l’Empire des Habsbourg à l’empire romain...

...................................................
Naple au fond de son golfe" inoubliable image.
Naple instable et fragile" incertaine et précaire.
Le Vésuve fumant" sans répit te menace
Des Champs Phlégréens monte" une ardente vapeur
Les galeries en tuf" percent tes fondements.
Tu grandis pourtant' Naple" au sein de ces dangers.
Naple' enfantée par Cume" engendrée par la Grèce
Naple enfin devenue" la ville aragonienne.
...................................................
Puis encor j’ai franchi" des villes et des fleuves.
Pérouse protégée" par murailles étrusques.
Florence où triompha" Laurent le Magnifique
Bologne la Dotta" la Rossa' la Grassa
Padoue la Byzantine" investie par les Huns
La mouvante Venise" aux canaux innombrables
Trieste au bois sacré" des héros homériques
Son fleuve Timavo" que visita Jason
.................................................


TRANSMUTATION DU PAYSAGE - 2021-04-01

Continuons de suivre la princesse Anna Maria d’Autriche dans son périple. Après Maribor en Styrie, puis Graz, ville impériale au pied du Schlossberg, la voici traversant la campagne en direction de Vienne. Et voici qu’à son regard le paysage apparaît à l’imitation d’une peinture. Pourquoi cette métamorphose? C’est que lui vient à l’esprit la palette d’un peintre célèbre qui fut particulièrement une icône de l’Empire. On découvrira son nom à la fin de la séquence.

..............................................
Ce pays n’est-il pas" bénédiction de Paix.
Ne serait-ce Arcadie" luxuriante' opulente?
Royaume préservé" de faunes et dryades.
Ce pâtre surveillant" ses chèvres gambadeuses
N'est-une bergerade" une églogue vivante?
Ce paysan vaquant" à ses travaux champêtres
N'est-ce tableau de genre" ou bien vraie pastorale?
Dans ce breuil giboyeux” aux profondes cavées
Ne verrait-on surgir" Diane et ses chasseresses?
Pour la tendre Vénus" l’idyllique nymphée
N’est-elle nid douillet" psychédélique abri.
Le généreux vignoble" aux grains inébriants
N’est-ce un décor festif" pour Liber enjoué
Lors qu’avec lui s'ébrouent” ménades et bacchantes?
Ce mont n’est-il Parnasse" où résident les Grâces?
Comme sont éclatants" ces pics neigeux' brumeux
Qui paraissent brossés" de céruse et de craie!
Ces tons si frais' si vifs" de la saison vernale
Contrastes soutenus" dégradés et fondus
Ne seraient-ils mixtion" le mélange savant
D’un génial coloriste" écachant ses pigments?
Cette friche envahie" de broussaille et plantain
Ne serait-elle esquisse" en camaïeu roussâtre
Palette vernissée" veloutée' nuancée
Chromatique harmonie" moelleuse et chaleureuse?
Blancs d’argent' blanc de plomb' dans ces pâles nuées
Ne sont-ils caissons peints" où brille un arc céleste?
Ces guérets sont aplats" n’y devine-t-on pas
Les traces d’un pinceau" recouvrant un panneau?
Ces pâturages gras" ne paraissent-ils pas
De lourds empattements" larges surépaisseurs?
Le vert de Véronèse" au nerprun vert se mêle.
Ces laques de garance" et vermillons ardents
Ces terres de Cassel" et ces terres de Sienne
Le baume de Venise" et le jaune de Naples
Bitumes de Judée' miniums' cadmiums' sépias
L’ocre avec le cobalt" les carmins' outremer
De Rubens ne sont-ils" agreste évocation?
..............................................



MORGUE NOBILIAIRE ET MISÈRE DE L’HOMME - 2021-05-31

L’on n’attendait pas d’autre discours de la part de la princesse Marie Anne d’Autriche découvrant le peuple lors de son voyage: l’expression de sa morgue nobiliaire et de son mépris aristocratique. Néanmoins, sa méditation évolue vers une certaine autocritique et une réflexion sur la misère de l’Homme…

..............................................
Mon insigne noblesse" irradie mon esprit.
Ma pureté m’exalte" illumine mon âme.
Je suis princesse' infante" et serai bientôt reine.
Pourtant ne suis-je pas" fille ainsi que ces filles
Pourtant ne suis-je pas" fille parmi ces filles.
Parfois cupide' envieuse" et quelquefois perfide?
N’ai-je sensualité" pareille aux frustes bêtes?
Moi qui me glorifie" de parler grec' latin
Qui me targue d’aimer" la musique et les arts
Ne suis-je affriolée" par de vils brinborions?
Ne suis-je affriandée" par des mets alléchants?
N’ai-je pas seulement" sur le peuple ignorant
Vanité' prétention" plus que vraie distinction?
Mon dédain n’est-il pas" suffisance affectée?
N’ai-je ascendant fortuit" par mon éducation?
Nous' rejetons royaux" de lignée pure issus
N’avons-nous entraîné" carence et déficience
Par cette hérédité" créé débilité
Par consanguinité" produit infirmité?

Ainsi philosophant" au long de mon voyage
Bientôt je me trouvai" sous les remparts de Vienne.
-------------------------------------------

Nous laisserons la princesse parvenue sous les murs de Vienne, cependant vous pouvez la suivre en son périple par le lien suivant:

journal intime Marie Anne d'Autriche


LA VIRGULE, DÉLIMITEUR SYNTAXIQUE ET / OU TEMPOREL? - 2021-06-12

Toute la problématique de la virgule, relativement aux charnières syntaxiques et aux pauses, se trouve, comme pour une porte logique de transistor, dans cette alternative entre le ET et le OU… Une vidéo qui est surtout l’occasion de revoir quelques bases de l’écriture euphonique.

https://youtu.be/8H8FwA-SkHs


QUAND LES HUMAINS SE VIRTUALISÈRENT - 2021-10-28

Quand les humains se virtualisèrent ou La Révolution de l’immobile est le premier récit en écriture euphonique pour la prose que j’ai écrit nativement, même s’il a subi nombre de vissicitudes correctives. Cette écriture, contrairement à son homologue pour la poésie, évite tous les e post-accentuels dans le flux, hors élision. En revanche, comme en écriture euphonique pour la poésie, les coupes sont notées par le signe ‘ (simplification du signe de coupe / ). Il signifie au lecteur la nécessité d’une inflexion vocale (correspondant à une charnière syntaxique) sans pause obligatoire alors que la virgule signifie une inflexion vocale avec pause. On se reportera à la nouvelle mouture de l’article sur l’euphonie pour plus de précision.

Écriture euphonique - Synthèse

Quelle que soit la théorie, je vous invite surtout à juger de l’effet produit par la voix de Josyane Moral-Robin dans une vidéo-texte:

Quand les humains se virtualisèrent


APPARITION DE LA FAUSSE GITANE - 2021-11-30

Un dandy cynique est séduit par une gitane racoleuse. C’est l’intrigue du roman burlesque La Gitane d’Auzon, une critique du roman libertin et de l’amour-passion romantique. La fille en question n’est autre qu’une autochtone grimée en gitane. Ainsi, parodiant la Carmen de Mérimée selon une thématique inspirée du Christ recrucifié de Nikos Kazantzakis, tous les habitants d’un village, Auzon, jouent un jeu de rôle à l’insu du héros... Par ailleurs, le roman se présente comme un modèle d'écriture euphonique réécrit à partir d'une première version en écriture traditionnelle.

Parmi les chalands' dans sa robe à volants cramoisis, le buste enveloppé de mantille' avançait une inconnue gitane. Parcourant les allées, tour à tour elle adoptait maintien relâché' figé, voluptueux, défiant ou nonchalant, pose alanguie, les deux mains sur les hanches. Sa cambrure accentuée, ses longs cheveux d'ébène encadrant son visage au teint cuivré, lui prêtaient séduction, grâce irrésistible' irrépressible. Tantôt se raidissant' tantôt se détendant, sa féline allure affichait brusqueries inattendues, relâchements imprévisibles. Je remarquai dans sa mèche un bouton floral comme un astre en un ciel nocturne. Son regard hautain' lointain' parcourait la cohue, mais parfois étincelait pour y débusquer la proie qu'elle avait choisie. Le misérable ainsi' privé de volonté, viendrait s'agenouiller à ses pieds. Sous l'effet de son charme' il demeurerait pour toujours enchaîné. Sa progression la rapprochait de moi, sans que je pusse alors discerner si la guidait son intention. Plutôt le hasard de son cheminement seul en était responsable. Mon cœur débridé cognait en ma poitrine. Soudain, malédiction pour moi, jaillit de sa pupille un rayon fulgurant. Puis un vertige étourdit mes sens. Tout vacilla dans mon esprit' éventaire' étals et tréteaux, place avec maisons, coteau, soleil' azur. Je me sentis l’instant même annihilé' possédé' saisi. D'un geste impétueux, sa main vers moi jeta sur le sol un objet que je ne pus distinguer. Puis je la vis se perdre au milieu de la foule. Je m'élançai dans l’intrication des allées, cependant malgré ma promptitude' elle échappait à ma poursuite. Je découvris alors que la roulotte avait disparu. La tribu prophétique avait-elle ainsi continué son périple? Néanmoins' j'avais pu recueillir l'objet mystérieux qu'elle avait jeté. C'était l’immaculé bouton floral d’un cassie, probablement celui que j'avais aperçu dans sa chevelure. Désemparé, je rentrai chez moi comme un automate' aveugle et sourd à mon entourage. C'en était fait. Le pouvoir de la belle avait envoûté mon esprit.

La Gitane d'Auzon


LE FRANÇAIS, PREMIÈRE… OU DERNIÈRE DES LANGUES - 2021-02-01

“Le français, dernière des langues”, c’est le titre de l’ouvrage écrit par Gilles Philippe (Université de Lausanne) - paru aux Presses Universitaires de France (2010). Titre provocateur (?)... ou pas. L’auteur-déclamateur que je suis, sans scrupule, en rajoute une couche, mais les principes de l’écriture euphonique pourraient - possiblement - concourir à la revalorisation de la “gueuse fière”.

ttps://youtu.be/U2rKGEqX7bA


CHARLES QUINT À YUSTE VERSION SCÈNE 2022-02_15

Charles Quint à Yuste, monastère dans lequel l’empereur germanique termina sa vie après son abdication. Nouvelle vidéo pas trop bien réalisée sur le plan technique, notamment le cadrage. Quelques erreurs de déclamation également. Une manière artisanale quelque peu cultivée. Malgré ces défauts, s’exprime dans cette vidéo - du moins nous l’espèrons - une certaine authenticité, préférable à une réalisation bien lissée, mais artificielle et exsangue à force de répétitions.

https://youtu.be/GpkMawh_FHY



POÉSIE ET MATHÉMATIQUES - 2022-03-06

Poésie et mathématiques, ce rapprochement n’est-il oxymore? L’une de ces disciplines évoque émotion, l’autre implique rigueur. Cependant, ne se rejoignent-elles pas? La versification procède de la rigueur. Inversement, certains mathématiciens revendiquent dans leur pratique une émotion esthétique. Comme la poésie, les mathématiques peuvent rejoindre les arcanes du mysticisme, l’expression de la pureté désincarnée, de l’Essence débarrassée de l’accident. C’est au travers de l’architecture maya, en l’occurrence la cité de Lakham Ha (Palenque) située au Mexique, que “La Saga de l’univers” vous propose de découvrir cet étrange convergence entre des notions si opposées.

........................................................
La marche s’élevant" énonce une addition
Le degré descendant signifie soustraction.
La rampe régulière" est affine fonction.
Les volées d’escaliers" de paliers en paliers
Gravissant les niveaux" ou plongeant vers les cryptes
Sont ensembles concrets" numéraux' cardinaux
De relatifs entiers" positifs' négatifs.
L’incertain pictogramme" est inconnue' variable
D’une équation multiple" insoluble formule.
Perforations' pertuis" oves comme embrasures
Spécifient nullité" la coquille évidée
Fondement et pivot" des valeurs infinies
Vicésimal système" exprimant les Réels.
Chaque pilier devient" perceptible unité.
La pyramide est somme" intégrale et produit.
........................................................




UNE AUBERGE DE MONTAGNE - 2022-04-03
(extrait du roman Rêves d’hiver)

L’art du roman, selon Flaubert, c’est de ralentir l’action par la description. Une conception jugée aujourd’hui obsolète, voire rétrograde. Néanmoins, une telle attitude s’appuie sur une idéologie évolutive contextualisante en contradiction avec elle-même. En effet, ce qu’elle juge comme “nouveau” selon ses critères ne tarde pas à devenir “dépassé” selon ces mêmes critères. En ce sens, Verdi affirmait paradoxalement “Torniamo all'antico, sarà un progresso”. Dans le cadre d’une vision non relativiste, anhistorique, il est impossible de considérer une esthétique particulière comme “dépassée” par rapport à une autre. Les termes de “rétrograde”, “dépassé”, “moderne”, “nouveau” “obsolète”, “daté” n’ont plus de pertinence. La contextualisation se caractérise également par son incapacité à reconnaître les multiples modalités d’une esthétique. Par exemple, une description de Balzac (comme celle de la pension Vauquer dans Le Père Goriot) n’a guère de rapport stylistique avec une description de Proust (comme celles du hameau de Combray dans Du côté de chez Swann), quoique dans les deux cas, il s’agisse de longue description valant pour elle-même, indépendamment de l’action. Dans ce sens, je présente ci-dessous, en écriture euphonique, un extrait de description - ne prétendant pas égaler ces exemples d’auteurs célèbres, ce qui serait présomptueux - mais espérant parvenir à une certaine originalité de la description. Naturellement, c’est au lecteur d’en juger.

Rappel sur l’écriture euphonique: signe ‘ après un mot: forme simplifiée du signe / signifiant une coupe: indique une limite syntaxique impliquant une inflexion vocale sans pause. Tout autre signe de ponctuation indique une pause plus ou moins longue.


Bientôt' la pièce immense apparut à mon regard. Devant moi s'alignait une indéfinie série d'immaculées tables. J'optai pour la première immédiatement à ma droite. Sa nappe en cotonnade albuginée m'éblouissait, m'induisant un sentiment de propreté, pureté' gaieté. Je m'assis, puis j'attendis. C'est ainsi que j'eus tout loisir d'observer l'environnement. Les murs se trouvaient agrémentés par des boiseries et tapisseries, se renvoyant luisance et nitescence. Leurs tons variaient du carmélite au sépia: latte ajustée, pavage en tomette alignée, solive et chevêtre encastrés, cimaise et lambris emboîtés, plinthe appliquée. S'y joignaient marqueteries des buffets, panneaux de la crédence et dosserets du vaisselier. Chaque essence arborine ainsi constituant ces parties, surajoutait sa touche à l'ensemble harmonieux, sa texture et son grain' son vernis, son maillage et veinage' en un subtil jeu d'aspect, couleur' motif' schéma' forme. Devant moi se trouvaient accrochés de rutilants ferrats, fontaine au sein replet' chaudrons au corps ventru. Sur la teinte humble' effacée’ des plans unis, leur peau cuivrique aux reflets roux flamboyait orgueilleusement. Je scrutai plus attentivement les parois. Des objets suspendus s'y présentaient: raquette en mélèze et cuir de caribou, ski d'hickory couvert en peau de chamois, luge en treillis de coudriers. Ces témoins de la vie montagnarde évoquaient l'extérieur hivernal. Par contraste ainsi' l'espace intérieur' jalousement, paraissait protégé de la rigueur hiémale. Sans que je sortisse effectivement, je ressentis l'enivrement des randonnées, la griserie des plateaux neigeux, le vertige inconnu des pitons rocheux.
......................................................................

https://www.claude-fernandez.com/revesdhiver.htm



À LA MANIÈRE DE PIETER CLAESZ 2022-05

Quand la poésie épique, au lieu de brosser de grands tableaux lyriques à la manière de Delacroix, se veut précise et méticuleuse à la manière de Pieter Claesz. La Saga de l’Univers prétend illustrer tous les thèmes possibles selon toutes les esthétiques. En témoigne ce tableau décrivant une cérémonie de réjouissances à l’époque des Royaumes Combattants en Chine “médiévale”. Tout y évoque le divertissement insouciant… sauf qu’à l’issue des plaisirs mondains un feudataire traître à son seigneur doit être sacrifié. Ainsi, les prémisses de cette exécution qui terminent la description, nous ramènent au cœur de l’expression épique.

Au-devant se trouvait" une tablette en jonc.
Les coupes scintillaient" sur la nappe en batiste.
Contre un mur s’alignaient" les calebasses pleines.
Suspendus aux chevrons" gouttaient les porcs flambés
D’un fumet délicat" alléchant les gosiers.
Divers jeux s’étalaient" sur un tapis de feutre
Damiers d’ébène' ivoire" ou bien de laurier-tin
Qui devaient recevoir" les pièces d’outremer
Dés en corne incrustés" de nacre et pyroxène
Dans les cornets de pin" teinté par le nerprun
Cartes en bambou' jetons en cuir' pions d’argent...
Dans les bras délicats" des blanches musiciennes
Les suonas' les guanzis" prêts à ravir les hôtes
Montraient leur bouche ronde" et leur bec effilé.
Boissons' mets délicieux" rien n’était négligé
Pour éveiller les sens" provoquer la jouissance...
Mais l’on entrevoyait" par une porte au fond
Le tranchant d’une hache" en un billot rougeâtre.
..................................................


INTERTEXTUALITÉ 2022-06

L’intertextualité, procédé littéraire éminemment subtil… ou bien reflet du décadentisme moderne? La frontière mal définie entre ces deux interprétations nourrit elle-même l’ambiguïté de sa signification par un jeu confinant à l’hermétisme. Son polymorphisme sémantique lui permet toutes les approches: masque d’une pensée idéologique, témoignage d’érudition, parti pris d’élitisme où l’auteur ne s’adresse qu’aux lettrés initiés, hommage ou attaque perfide, règlement de compte ou défi entre auteurs… La Saga de l’Univers présente toutes ces occurrences, et bien plus. Pour décrypter l’exemple ci-dessous, vous pourrez choisir entre les possibilités énoncées. Qui est cette fille courant à travers une ville en ruines? De quelle héroïne romanesque est-elle l’évocation ou la transposition? Les éléments topiques de la description fournissent la réponse.

....................................................................
Dans la soirée plus tard" les gardes aux Mappales
Soudain voyaient surgir" une femme en lambeaux
Marquée' défigurée" par l’atroce douleur.
Ne s’agirait-il pas" d’une indigente folle?
Si n’était la noblesse" imprégnant ses traits purs.
Courant' elle rejoint" le carrefour d’Anat
Monte près de Byrsa" jusqu’au bord des Syssites.
Maintenant elle atteint" le temple d’Elishat
Gravit les degrés d’or" puis les degrés d’ébène.
Ses bras sont lacérés" par les jujubiers verts.
Sa tunique s’accroche" aux piquants des nopals.
Sur le gravier bleuté" ses pieds nus s’égratignent
Mais rien ne ralentit" son avance éperdue.
La voici qui parvient" à la dernière enceinte
Gagne la tour ovale" aux piliers de grenade
Puis frôle en pénétrant" la stèle d’obsidienne
Pour enfin s’écrouler" sur le seuil de l’autel.
....................................................................
Abonnement