LE TRIOMPHE DU CAPITALISME

Poème épique de Claude Ferrandeix évoquant la Révolution industrielle au début du 19e siècle en Angleterre. Les bouleversements sociaux et économiques, une description des campagnes et de Londres.


Depuis les temps lointains" les humains prospéraient
Sur le sol nourricier" que le soleil féconde.
Le joyeux laboureur" poussait l’antique araire
Vivant au rythme lent" des saisons' des années.
Toujours il chérissait" la maternelle Terre
La fertile Nature" épouse généreuse
Mais voici le divorce" et la séparation
De celle qu’il aimait" depuis trois millénaires.

Voici l’avènement" de l’ère industrielle.

De Cardiff à Durham" des Midlands aux Cornouailles
Se répand le progrès" niant la tradition.
L’archaïque atelier" qui florissait hier
Dépérit asphyxié" par la manufacture.
Le métier à tisser" démodé' féodal
Se trouve relégué" par l’instrument de Key.
La navette volante" investit les fabriques.
Le vétuste rouet" qui des siècles fila
Maintenant est changé" par l’invention d’Hargreaves
Puis Artwright et Compton" créent la mule jenny.
Pendant ce temps' la mine" exporte son charbon
Démoniaque substance" arrachée de l’enfer
Qui fournit énergie" pour la sidérurgie.
La fonte est remplacée" par l’acier résistant
Grâce au puddlage ardent" qu'imagine Henry Cort.
Surgissent fonderies" hauts-fourneaux' laminoirs
Tirant les profilés" aplatissant les tôles
Découpant des barreaux" incurvant des longrines.
L’antre où forge Vulcain" paraît moins effrayant
Que ces hangars bruyants" géants chaudrons où flambent
Des minerais fondus" au coke cinéfié
Dans le chtonien brasier" aux diaboliques jets.
Bientôt voici le train" qu’une locomotive
Montée par Stephenson" promène sur les rails.
Branlant ses lourds wagons" de hâtifs passagers
La massive rocket" lâche au-dessus des prés
Son nuage encrassé" de vapeur et de suie.
Le grand homme du fer" Wilkinson' lance alors
De métalliques arcs" par-dessus la Severn.

Parmi les ingénieurs" se détache un esprit
Qui seul bouleversa" les techniques du siècle.
James Watt' savant' génie supérieur' démiurge.
Tiroir' pompe et condenseur' piston' cylindre
Balancier actionnant' bielle' arbre et manivelle
Que tiennent la soupape" et le vilebrequin
Voici réalisée" la machine à vapeur
Muant le gaz inerte" en force dynamique
Produisant par le vide" énergie' mouvement.
Trois cent chevaux arqués" tirant' soufflant' suant
Ne sauraient égaler" son colossal pouvoir.
La magique invention" pour toutes les fabriques
Substitue sa puissance" aux bras des ouvriers.
L’homme vient de créer" celle qui l’asservit
La machine sans chair' algide' infatigable
Sans répit travaillant" ne maugréant jamais.
La machine' organisme" inerte et pourtant vif
Possédant l’engrenage" au lieu d’une rotule
Pour tendon le ressort" huile pour synovie.
Comme les ballets fous" de l’apprenti sorcier
Ne va-t-elle accomplir" son labeur à l’excès
Pour noyer l’imprudent" qui somnole' insouciant?
Pourrait-elle bientôt" marcher' sentir' penser
Munie de processeurs" de palpeurs' de capteurs
Photonique surface" au lieu de la rétine
Le circuit électrique" en place de méninges
Pour ainsi détrôner" celui qui l’enfanta?

Liverpool' Newcastle' Manchester' Édimbourg
Glasgow' Sheffield' Bristol' Birmingham' Nottingham
La cité-champignon" recouvre la campagne
Dans les vaux infiltrant" ses bras tentaculaires.
Factoreries' hangars' dépotoirs comme usines
S’avancent dans les champs" les bosquets' les guérets.
Les halliers verdoyants" se muent en quartiers gris.
Le triste macadam" remplace la prairie.
Les rues sur les sentiers" allongent leur faisceau.
Les agrestes mesnils" aux cottages fleuris
Sont changés en banlieues" aux lépreux bâtiments.
L’on sacrifie des parcs" aux vénérables ormes
Pour implanter sans frein" misérables taudis.
La ville' ogre béant" happe en son hideux ventre
Les métayers chassés" par l’injuste enclosure.
La paysannerie" devient prolétariat.

L’Humanité s’embourbe" en ses propres déchets.
La cheminée d’usine" exhale dans les cieux
D’épais tourbillons noirs" enténébrant l’azur.
Les terrils dénudés" au lieu de monts s’élèvent.
Prisonnier de hauts murs" en briques pourrissantes
Le ruisseau clair devient" canal rougi' sali
De suie' teinture et poix" détergents et goudron.
Les corons surpeuplés" dans les faubourgs s’entassent
Comme dans un rucher" multiples alvéoles
Stalles ou clapiers' box" ou réduits carcéraux
Pour la stabulation" de l’ouvrier-bétail.
Le berger puise l’onde" à la source limpide
Le citadin chez lui" n’a qu’un broc d’eau viciée.
Dans la fabrique on voit" surveillants' contremaîtres
Vérifier' inspecter" les entrées' les sorties.
Règlements' interdictions' pointage et flicage
Sanctions' contraventions' remplacent durement
Le regard paternel" de l’ancien artisan.
Camelote et gadget" s’imposent au marché
Reléguant' suranné" l’amour du beau travail.
Cadence et rendement" supplantent rudement
Le consciencieux respect" de l’objet façonné.
La méritocratie' l’avancement' la prime
Dressent l’un contre l’autre" employés' chefaillons.
Le soleil qui réglait" depuis l’Antiquité
Le champêtre labeur" de l’aube au crépuscule
Se trouve remplacé" par une lampe à gaz
Brillant jour comme nuit" sans jamais vaciller.
Le campagnard déchu" sans répit agressé
Par l’incessant fracas" des machines bruyantes
Regrette amèrement" la paix des pâturages.
Division' partition" de la fabrication.
Dépersonnalisé" tel automate aveugle
Dans la chaîne chacun" répète un même geste.
Le sandwich ambulant" célèbre en son bagout
La valeur des produits" vendus par Witeley’s
Criant' s’égosillant" au long de Regent’s Street
«Nos savons lavent mieux" nos brosses nettoient mieux»
Fût-il sur terre un jour" occupation plus vile
Qui pût mobiliser" l’énergie d’un humain?
Depuis Adam fût-il" plus risible travail
Plus méprisable et vain" plus stupide et grotesque?

L’individu perclus" par la tâche exténuante
Précocement décline" à l’état sénescent.
Dans l’enfer des réduits" l’on voit se perpétrer
Suicides collectifs" étranglements d’enfants
Pour qu’ils n’aient à subir" la souffrance des pères.
Le salarié miné" par l’abusif loyer
Dans son obscur taudis" envie malgré sa paye
Le paysan qui vit" sainement sans deniers.
Dynamisme' agressivité' mobilité.
L’ancien cultivateur" a perdu sa demeure
Le foyer ancestral" imprégné de chaleur
Maintenant le voici" qui trôle incessamment
Pour quérir un emploi" changeant et fluctuant.
Promiscuité' chômage' entraînent exactions.
Le mélange racial" engendre la violence.
Criminalité' prostitution' délinquance
Dans ce terreau fangeux" impunément prospèrent.
La pègre avec audace" affiche son pouvoir.
L’éthylisme aliénant" brise les volontés.
Le permanent conflit" d’un seul contre les autres
Supprime l'unité" la solidarité.
Le genre humain se meurt" dans l’abrutissement.
Que vaut l’individu" parmi ses congénères
Tous rivés' affairés" sur la même besogne?
Le taylorisme impose" une logique ignoble.
Sans futur ni passé" propulsé dans le vide
L’ouvrier est zombi" sans projet' sans racines.
L’existence confine" à l’insensé' l’absurde.
L’enfant n’est plus enfant" la femme n’est plus femme
Car ils ne sont que bras" servant le capital.
C’est l’enviable destin" qui doit suffire à l’Homme
Boire et manger' travailler' dormir' puis mourir.
Le parangon trônant" sur le règne animal
Dans la vilenie tombe" au-dessous de la bête.

La domestic system" la factory system
Se heurtent violemment" en un combat féroce.
La rébellion chartiste" au cœur des villes gronde.
Ludd et ses partisans" détruisent les machines.
Révolte' insurrection' les ouvriers défilent.
Brigandage à Bristol" massacre à Peterloo.
Sabre au poing' les hussards" matent les émeutiers.

*

De Leeds à Birmingham" de Norwich à Glasgow
Se trouve une cité" qui les surpasse toutes
La mégapole immense" énorme' insurpassable
Dans ses murs contenant" dans ses flancs renfermant
Plus de luxe et laideur" opulence et misère
De vice et corruption" de richesse et beauté
La gigantesque Londre" ignoble et prodigieuse.
Londre infect Léviathan" moderne Babylone
Trismégiste cornue" creuset démesuré
Digérant et fondant" ses détonants produits
Peuple' aristocratie' trivialité' noblesse
Bourgeois avec parias" tories et proxénètes
Jack l’Éventreur' Bob Peel' Harrods et Rossetti.

Si l’on pouvait d’un coup" tel une déité
Visionnaire' ubiquiste" au regard synthétique
Pénétrer la cité' chaque lieu' chaque humain
Dans sa diversité" sa multiplicité
Ce qu’on découvrirait" horreur' splendeur unies
Terrasserait l’esprit" éblouirait les sens
Hérisserait soudain" les cheveux sur la tête.
Partout' la succession" des façades et toits
Les îlots des jardins" glacis d’embarcadères
Sur l’océan de brique" et les vagues en tuiles
Polyforme agrégat" de monuments' d’immeubles
Quais' docks' hôpitaux' prisons' palais' tribunaux
L'usine et le hangar' la banque et le comptoir
Qu’irrigue l’entrelacs" des larges avenues
Des venelles et rues" des passages et voies
Les nœuds des croisements" des ronds-points et des places.
Londre ainsi qu’un pourceau" vesse et météorise.
La noire exhalaison" des hautes cheminées
Rejetant leurs vapeurs" sulfurées' carbonées
Se mêle au brouillard bas" délétère et fétide.
Sur la cité s’élève" une clameur intense
Le sifflement de l’eau" sur la fonte chauffée
Le martèlement lourd" des pilons sur la terre
Le heurtement des roues" sur les pavés rugueux
Le piétinement sourd" des pas sur les trottoirs
Le crissement des rails" aux bandage d’acier
Les jurons' les hurlements' les criaillements...
Dans ce fracas d’enfer" Big Ben' ange étouffé
Lance timidement" son appel religieux.

L’East End et le West End" opposés' face à face
Les nantis' démunis" les bourgeois' prolétaires.
La jouissance des uns" la souffrance des autres
S’intrique indécemment" s’accroît honteusement
Cloisonnement criant" clivage provocant.
Les vestes en futaine" et les smokings de soie
Regent’s Park' Hyde Park' séjours paradisiaques
Décors majestueux" de la Garden Party
Pourrissoirs et mouroirs" workhouses repoussantes
Carlton Club et Whit’s Club' salons élégants' snobs
Refuges raffinés" du bon goût britannique
Pubs crasseux' turbulents" où résonne l’injure
Piccadilly' Chelsea' Shteth' Whitechpel' Soho...
La répugnante Clyde" en ses débris s’étiole
Par un étroit goulet" de bondes et de buses
Tandis que la Tamise" orgueilleusement coule
Sous les augustes ponts" de Southwark et Tower.
La gentry se protège" érige des barrières
Séparant quartiers chics" des infâmes districts.
Si l’on pouvait descendre" au fond de cette ville
Dans ce putride fruit" où grouille la vermine
S’immerger en son corps" en son dédale obscur
Découvrir les recoins" de ses pestilents antres
Ce qu’on ressentirait" ce qu’on éprouverait
Saisirait d’aversion" dégoût et répulsion.
L’eau des caniveaux pleins" déborde sur les seuils
Telle une sécrétion" fielleuse et diarrhéique
Drainant tout ce qui vient" des organiques pores
L'urine et l'excrément" vomissure et sueur.
Dans les bouges puants" vit une faune humaine
Trafiquants' vagabonds' marginaux' indigents
Faillis' chômeurs' clochards' péripatéticiennes.
La peur de l’underworld" hante la bourgeoisie
Redoutant ces démons" des profondeurs urbaines.
«Soudain' ne vont-ils pas" déferler violemment
Submerger nos villas" nos jardins' nos terrasses
Comme un égout répand" sa boue malodorante?»
Sur les grands boulevards" sans jamais se tarir
S’écoule une marée" de piétons et de fiacres.
L’individu se noie" dans la masse anonyme
Conglomérat humain" difforme' hétérogène.
C’est un flux continuel" d’enfants' d’hommes et femmes
Jeunes ou vieux' charmants ou repoussants' curieux
Désœuvrés ou pressés" renfrognés ou gouailleurs
Plus étranges parfois" que mutants inconnus
Débarqués par hasard" de galaxies lointaines.
Là' Vénus croise Enyo" Tython rencontre Hébé.
L’on voit plus de beautés" que peignit Gainsborough
Plus de monstres hideux" que dessina Goya.
Comment chacun sait-il" son rôle et sa fonction?
Comment' considérant" la nuée de ses frères
Ne s’abîme-t-il pas" dans la nausée fatale?
N’est-il pas écrasé" par cette foule immense?
Dans ces milliers de corps" ces milliers de cerveaux
S’entrecroisent l’amour" et la détestation
Le primitif instinct" la pulsion primordiale
Comme un puissant démon" tapi' dissimulé.
Si l’on pouvait saisir" la vie de la cité
Si l’on pouvait franchir" l’huis des habitations
Le galetas sordide" envahi de vermine
L’opulente villa" décorée de palmettes
Si l’on pouvait scruter" par les rais des persiennes
Des chambres écarter" les jaloux paravents
Glisser par la serrure" un œil inquisiteur
Plonger dans une alcôve" un regard indiscret
Si l’on pouvait sonder" chacune des consciences
Partager leurs aveux" confessions' confidences
Traquer leur vérité" sous l’apparence feinte
Sous le brillant vernis" des codes bienséants
Dans leur intimité" surprendre leurs passions
Déchiffrer leurs pensées" débusquer leurs désirs
Les déceptions' penchants" les regrets et phantasmes
Quels drames quotidiens" nous seraient dévoilés
Quels désespoirs ou joies" quelles douleurs' jouissances
Quels bonheurs et malheurs" mesquins et pitoyables
Quels entremêlements" quels enchevêtrements
De vilaines rancœurs" de malsaines intrigues
Manipulations' corruptions' débauches
Vices licencieux' stupre saturnien' sadisme?

Et pendant qu’aux abords" de l’obscène Haymarker
Les pervers entraînaient" les racoleuses grues
Dans les salons dorés" de Buckingham Palace
Pilier de la Morale" et gardienne des mœurs
La Reine Victoria" sereinement trône.

*

Ainsi prend son essor" le grand capitalisme.
Dès lors il est happé" dans l’horrible engrenage.
Le voilà s’élançant" ivre locomotive
Sur les rails infernaux" libre et sans conducteur.
L’aveugle mécanisme" emporte les voitures
L’avidité soumet" l’individu futile.
Détournée sans pudeur" la religion du Christ
Garantit le bourgeois" contre les séditions.
La société s’enferme" en ses contradictions.
Le modeste commis" trimant dans la fabrique
Se trouve méprisé" durement exploité
Mais dès qu’il en ressort" et devient un client
Le voici choyé' roi" sournoisement flatté.
L’aime-t-on" l’estime-t-on? Surtout l’on convoite
Sonnant dans son gousset" les pennies qu’il détient.
Le Riche est-il fautif" cause du paupérisme?
Plutôt n’est-ce Malthus" qui discerna l’effet
De la natalité" générant pénurie?
L’humain se reproduit" comme un lapin vulgaire.
Si n’était le patron" qui procure une tâche
L’ouvrier débauché" ne mourrait-il étique?
Les inégalités" par naissance et fortune
Sont-elle conséquence" et visible reflet
Des niveaux différents" qu’atteint l’intelligence?
Le malappris manant" ignorant la culture
Dans son désir bestial" impérieux' immédiat
Vaut-il mieux' vaut-il moins" que le bourgeois imbu
Le bourgeois gras et gros" le bourgeois égoïste
Le bourgeois satisfait" pansu' repu' gavé.

Dans ce cruel combat" de proies et prédateurs
Le matois profiteur" habilement détourne
Le système pervers" suscitant l'éréthisme.
Sans dégoût ni pudeur, c'est ici que prospère
Le rapiat usurier" taon patient qui pressure
Des faibles emprunteurs" la vacante escarcelle
Tandis qu'au sommet' propre" évitant salissure
L'adroit spéculateur" ce ténia spoliateur
Cette avide sangsue" gorgée de numéraires
Déprède plus-value" sur effort et sueur.
Voici la Bourse' autel" sacrifiant à l’Argent.
Moloch impitoyable" avalant ses victimes.
Dans ce Temple nouveau" s’activent les agents
Pontifes des Valeurs" oracles du Marché
Qui prévoient l’avenir" à l’annonce des changes
Mais d’un coup leur pécule" en miettes s’évapore.
Le progrès par lui-même" entraîne sa faillite
Le machinisme induit" la crise économique.
Deux manœuvres hier" s’éreintaient côte à côte.
Plus qu’un seul aujourd’hui" pourvoit à la fonction.
Que devient le second" inutile au travail?
Le voici' désœuvré" mendiant sur le trottoir.
Sans repos' il trimait" de l'aube au crépuscule
Dès lors il se morfond" sans la moindre besogne.
Tous les jours il payait" au boulanger son pain
Mais la boutique aussi" de jour en jour se vide.
L’artisan licencie" l’inutile mitron.
Comme les dominos" chutant l’un après l’autre
C’est ainsi que la crise" amplifie son emprise.
De proche en proche ainsi" le système s’effondre.
La finance fléchit" l’investissement fond
L’industrie périclite" anémiant le commerce.
Le marasme est nourri" de sa propre substance.
Feed-back' effet rétro-actif' cercle vicieux
Compriment les marchés" déprécient production.
Déflation' cherté' reprise' inflation' chômage.
Les gueux' les miséreux" font régner la terreur.
L’on ne peut décemment" supprimer ces gêneurs
Ces maudits empêcheurs" de capitaliser.
Le cupide patron" veut baisser les salaires
Mais désire écouler" sa propre marchandise.
La machine produit" mais ne peut acheter.
Paradoxe impossible" engendrant paupérisme.
L’insoluble équation" mine la société.
La crise redoutée" bloque l’économie.
L’investisseur piégé" brade son portefeuille
Fonds de garantie' pension' cash' obligation...
La thésaurisation" paralyse les ventes.
Bulle spéculative" actions dégringolant
Ruine des épargnants" petits porteurs floués
Les capitaux qui fuient" les transactions qui flambent.
Gel des liquidités" et titres dévalués...
Désordre' affolement" est-ce la banqueroute?
Les courtiers paniqués" sur le parquet s’agitent
Frénétiques pantins" agressant la corbeille
Hurlant' s’égosillant" tels faméliques hyènes
Qu’il faudrait mettre en cage" à Regent’s Park Zoo.
Qu’ils sont loin de l’Amour" de l’Art' de l’Harmonie
Qu’ils sont loin du message" initié par Jésus.

Les grands industriels" dénoncent les entraves
Que fait peser encor" l’ancienne société.
«Nous sommes étranglés" par les Cron Laws iniques»
«Sus au protectionnisme" entravant les échanges.
Sus au mercantilisme" engraissant les tories»
«Dirigisme' impôts' lois" protégeant salariés
Voilà quels sont nos freins" voilà quels sont nos maux
Libre-échange intégral" voilà médication
Menant l’Humanité" vers le Progrès futur»
Devant l’Économie" sphinx incompréhensible
S’épuisent théories" opposées' divergentes
Ce que l’homme a créé" lui devient un mystère.
Peut-on se détourner" du krach inévitable
Relever les cours bas" enrayer inflation?
Quantitative easing" rachat' planche à billet
Bouée de sauvetage" ou captieuse illusion?
Le drogué dépendant" ne peut se ranimer.
Say' Jevons et Malthus" Mill et Ricardo' Smith
Formulent tous en chœur" le credo libéral.
«Vers l’équilibre tend" le marché sans contrainte.
L’État n’est pas rentable" et doit se résorber.
Les intérêts divers" sont régis congrûment
Par l’invisible main" de l’ordre naturel»

Parmi les étrangers" que le Royaume-Uni
Dans son giron fatal" attirait' fascinait
L’on voyait méditer" un jeune intellectuel
Marx' le nouveau prophète" à l’imposante barbe
Contestant le credo" chéri par les Docteurs.
L’on entend les échos" de sa vibrante voix
Résonner au congrès" de l’Internationale.
«Cet injuste système" un jour s’effondrera.
Nous déposséderons" tous les capitalistes
Car même ils nous vendront" la corde pour les pendre»

La Saga de l’Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol’Air - © Éditions Sol’Air - 2007