Poème épique de Claude Ferrandeix évoquant la Grèce antique: cérémonie des Panathénées' Acropole d’Athènes' les Cariatides' la statue d’Athéna.
Sous le marteau brandi" par le divin boiteux
Le front de Zeus Tonnant" s’est d’un coup entr’ouvert.
La voilà qui paraît" cuirassée' lumineuse
La terrible Athéna" très sage et très puissante.
Les Olympiens naissants" ne régnaient pas encor.
Les Géants progressaient" vers le sacré sommet
Dans la profonde nuit" brandillant leurs oupilles.
Sans férir elle attaque" aussitôt les colosses.
Par la mèche elle prend" Encelade effrayé.
Le Titan bientôt ploie" sous l’imparable assaut
De la déesse ardente" à l’égide frangée.
D'une massue' Clytos" voudrait la fracasser
Mais de son bouclier" elle fait un rempart
Le heurte violemment" et le projette au sol.
Déjà les ennemis" se replient' se dérobent
Poursuivis par la foudre" aux confins de la voûte...
Puis la voici pleurant" sa jeune amie Pallas
Comme Apollon devant" le défunt Hyacinthos...
Car nul parmi les dieux" n’échappe aux afflictions.
Gémissante elle prend" la main de la mourante
Pour que son âme en elle" à jamais l'accompagne.
Sur l’étoffe où l’on voit" la saga de la vierge
S’activent les doigts fins" des ergastines vives
Damassant avec art" le superbe peplos
Qu’elles vont promener" lors des Panathénées.
Fillettes sans défaut" choisies par les prêtresses
Voilà trois mois déjà" qu'assidues elles tissent
Dans le grand Parthénon" sous l'effigie divine.
Puis chacune a rejoint" le secret escalier
Pour enfin recueillir" au Théséion prochain
Le cadeau mystérieux" qu’offrit l’ancien monarque.
Sans peur des ægypans" guettant leurs pas furtifs
Dans la nymphée d’Aglaure" elles s’étaient cachées.
Tritogénie toujours" les guide et les protège.
Près de l’Érecthéïon" les voici maintenant
Sacrifiant une chèvre" aux héros de l’Attique.
Devant leurs yeux la Grèce" étend son paysage
Péninsules et caps" îlots' golfes et rades
Montagnes et vallées" par la mer enlacées
De la Crète à Naxos" de Cythère à Scyros
Contrée que taillada" la cognée des Géants
Grandiose et désolée" misérable et superbe.
Quand Hélios illumine" au pied des Phédriades
Les deux Roches sacrées" Flamboyante et Rosée
Là-bas elles croient voir" le temple d’Apollon
Parmi les oliviers" que le Parnasse obombre.
Dans le parc du sanctuaire" où flotte encor le souffle
Du monstrueux Pythô" que terrassa le dieu
La songeuse prêtresse" a levé son rameau.
Bercée par le son clair" de l’onde Cassotis
La voilà saluant" Phœbos qui se retire.
Pendant qu’au Parthénon" chantent les ergastines
Franchissant les sommets" franchissant les vallées
S’élève dans l’éther" sa fervente prière.
Dans la nuit descendant" se croisent leurs messages
«Gloire à toi' Phœbos Apollon' pur' lumineux...»
«Gloire à toi' Pallas Athéna' puissante et sage...»
La cité s’adonnait" à ses festivités.
L’on avait colmaté" les vives plaies des guerres.
Le foyer des autels" souillés par les Barbares
Se trouvait rallumé" par la delphique flamme.
Les célestes rayons" descendaient sur Athènes.
Les remparts et Longs Murs" étaient reconstitués.
La ville célébrait" sa glorieuse victoire.
Les hymnes puis les jeux" avaient alors mimé
Le synœcisme ancien" qu’inaugura Thésée.
Les rhapsodes chantaient" les tirades épiques.
Les athlètes graissés" pour gagner les trophées
S’étaient battus en duel" au ceste' au pugilat.
Près d’Ékélidoï" au Pirée' sur l’hippodrome
Les courses confrontaient" les chevaux des auriges
Soutenus bruyamment" par les cris des parieurs.
Des hoplites vaillants" à la danse pyrrhique
Lestement imitaient" les combats héroïques
Sous les vivats nourris" choquant leurs boucliers.
La veille à l’Odéon" l’on avait couronné
Le meilleur citharède" émule du Pythien.
Le peuple au cap Sounion" avait en chœur loué
Les régates vouées" à l’Ébranleur du Sol.
Par un soir étoilé" des cavaliers fougueux
S’étaient lancés de front" sur l’immense Dromos
Brandissant des flambeaux" pour soumettre la Nuit.
Les acteurs sous leur masque" au théâtre nouveau
Sans répit déclamaient" les fameux dramaturges
Tirant de l’auditoire" éloges et vivats
Lors que du proscénion" vers l’Hymette montaient
Les strophes passionnées" d’Euripide et Sophocle.
Tous attendaient le jour" où l’on promènerait
Le peplos qu’ont tissé" les prestes ergastines
Pour le poser enfin" devant la Vierge Blanche.
*
Quand le premier rayon" sur la vaste Acropole
Dispersant le brouillard" illumina soudain
La géante effigie" Promacchos Athéna
Le grandiose cortège" au Dipylon formé
S’ébranla puis franchit" l’Éridanos tranquille.
Ouvrant la procession" marchaient les arrhéphores
Dans leur puissante armure" ainsi que la déesse.
Filles sélectionnées" dans les nobles familles
La première a dix ans" la suivante en a douze.
Le sang des Achéens" s’épanche dans leurs veines.
Dans leur poitrine bruit" le souffle des Pélasges.
Chacune imperturbable" avançait d’un pas fier
Malgré les cris perçants" de la foule en délire.
Des serviteurs lançaient" du sable immaculé
Pour que leurs pieds légers" ne se fussent ternis
Puis sitôt s’enfuyant" poussaient des hurlements.
Leur main ferme arborait" un glaive étincelant
Capable d’écarter" quiconque aurait osé
Ne pas se détourner" de leur cheminement.
Suivant leur seul désir" d’un geste elles conduisent
Le vénérable archonte" et le digne cortège
Stratèges cuirassés" prytanes couronnés
Polète et practore" agoranome' astynome
Puis le peuple nombreux" qui frémit d’impatience.
Dans leurs pas gravement" les ergastines viennent
Tenant chacune un pan" du superbe peplos.
Toutes étaient vêtues" en chiton à plis droits
Qui plus encor haussait" leur silhouette élancée.
Dans leur suave expression" leur démarche hésitante
Se marie l’assurance" à la grâce enfantine.
Sous leur sérénité" leur équanimité
L’on sent ainsi percer" la vive sémillance.
Les joyeuses clameurs" emplissaient leurs oreilles
Plus souvent habituées" au calme des naos.
Leur peau ne connaissant" le baiser de Phœbos
Librement dévoilait" une blancheur intense.
La violente lumière" éblouissait leurs yeux
Le jour accoutumés" à l’ombre des cellas.
Demeurant aux lieux saints" parmi les déités
le Monde leur semblait" un irréel mirage
Comme si transportées" par-dessus les nuées
Leur pipille fixait" une vision mystique.
Leur digne esprit jamais" n’eût de pensées honteuses
Ni leurs mains n’ont touché" d’ignobles immondices.
Ne sont-elles reflets" vibrations? L’on ne sait
Tant leur beauté parfaite" inscrite en leur visage
Les bannit de la Terre" et les élève aux Cieux.
Prêtres et magistrats" à leur suite s'avancent
Portant chlamyde souple" ou rigide himation
Gardés vigilamment" par l’épée des éphores.
Sous l’attentif regard" des vaillants pédotribes
Les éphèbes lustrés" caracolent en chœur
Tels Héraklès de bronze" aux musculeuses formes.
Puis la main dans la main" passent élégamment
Filles au gracieux port" les sveltes canéphores
Les cheveux opulents" tenus par un bandeau
Le bras gauche entourant" les corbeilles d’offrandes.
Le peuple communiait" l’épouse et le mari
Pour un jour tous égaux" citoyens et périèques
Foule enjouée marchant" au son du prosodion.
Parmi les sages rangs" des nobles Athéniennes
Se détachaient parfois" d’ioniennes courtisanes
Dans leur calasiris" en byssus de Patras
Fardées par les onguents" d’orcanète et céruse
Les mèches scintillant" d’argentines paillettes...
En arrière avançaient" les vieillards vénérables
Dans leur débile main" tenant un bâton sec
Le visage livide" et la barbe fleurie.
L’auguste procession" passant le Céramique
Bientôt se déploya" sur l’Agora spacieuse.
Rejoignant la stoa" les jeunes arrhéphores
sur le seuil de l’autel" posément s’accroupirent.
La foule répandit" son offrande prodigue.
D’une intense clameur" tous en chœur s’écrièrent
«Gloire à toi' Protecteur" Gloire à Zeus porte-égide»
Lançant gâteaux miellés" tels aigles miniatures
Dont les ailes moirées" sous le soleil ardent
Paraissaient les hausser" jusqu’à leur divin maître.
Ceux qui tenaient contre eux" du Pramnos en cotyle
De vin rouge arrosaient" les dalles à leurs pieds
«Gloire à toi' Sukitès" Éleleu' Dionysos...»
Quelques-uns' murmurant" déversaient des hydries
«Gloire à toi' Pélagos" Poséidon-Sauveur...»
L’on jetait pour Deo" les grains de blé germé
Pour Phœbos Apollon" des héliantes fleuris.
L’on offrit une lance" au belliqueux Arès
Pour le Boiteux illustre" une enclume d’airain
Pour la fidèle Héra" patronne des époux
La queue d’un paon tachée" de cent ocellations
Pour Cynthia chasseresse" une peau de chevreuil
Pour le Tueur d’Argos" de scintillantes pièces
Pour Hestia protectrice" une lampe en argile
Pour Cypris une carpe" aux écailles d’argent.
Quelques-uns chuchotaient" penchés vers le nadir
La prière à celui" que l’on ne doit nommer.
Les dons près de l’autel" sans répit s’entassaient
Dans l’odorante pluie" des œillets' clématites.
Le défilé chantant" reprit sa progression.
«La Grèce est Lumière' Athène' Athène est Lumière.
Gloire à Zeus' à Pallas" et gloire aux Olympiens.
La Grèce est Lumière' Athène' Athène est Lumière»
La procession tourna" devant l’Aréopage.
Quand elle eut dépassé" le seuil des Éponymes
Brusquement au soleil" apparut l’Acropole.
Sur l’étoffe des cieux" telle une draperie
Qui déployait au loin" sa teinte cérulée
Contrastait vivement" la masse des sanctuaires.
Volumes et traits purs" idéales surfaces
Polygone et triangle" unissant le cylindre
Harpes démesurées" dont fûts simulant cordes
Vibrent sous les doigts clairs" d’Apollon Musagète
Pour chanter aux humains" leur mélodie sublime.
Théorèmes concrets" de la Géométrie
Posant et résolvant" l’insoluble partage
Du cercle en arcs égaux" des identiques dièdres
Le dessin' le tracé" du savant pentagone
Par le nombre divin" parfaite proportion.
L’horizontalité" la verticalité
Séparant' fusionnant" stylobate et colonne
Compensée' contenue" se trouvait tempérée
Par les obliques plans" des frontons et toitures
Cependant que saillaient" piédestaux' acrotères
Spirituelle harmonie" symphonie minérale.
Se mêlant à la Vie" la virtuelle abstraction
Peut épouser le rêve" et les frissons de l’âme.
Par inflexions' par modulations' gradations
L’embasement s’incurve" et le pilier s’incline.
Mariage merveilleux" entre l’Ordre et la Grâce
Le mouvement léger" et la stabilité
La fermeté' la force" et la délicatesse
L’ensemble des parties" l’accord des unités.
Mimant le naturel" niant les artifices
La science élaborée" des Pythagoriciens
Joint l’inspiration libre" à sa juste logique.
Les opposés rapports" se lient' se concilient
Comme s’allie rigueur" à l’imagination.
L’esthétique s’unit" au caprice du charme
Comme complexité" rendue simplicité.
L’Art atteignait ici" le suprême degré
Géniale hybridation" des modes et des formes
Remaniées' façonnées" depuis l’antique époque
Décantées' éprouvées" triés au cours des ères
Mûris' polis' fondus" suivant les influences
De l’ancien mégaron" jusqu’au temple dorique.
Tout le génie de l’Homme" au sommet de ce tertre
Semblait avoir choisi" de se représenter
Calme îlot de grandeur" et Beauté lumineuse
Dans la mer déchaînée" de violence barbare
Pour qu’un Âge futur" exhumant par miracle
Ce témoin prestigieux" d’un sublime passé
Pût découvrir' honteux" sa bassesse et laideur.
Le défilé conduit" par les deux arrhéphores
Placidement gravit" les rampes sur la butte.
Les fillettes marchaient" modérant leur allure
Malgré l’animation" de la foule impatiente
Lorsqu’on vit sur la droite" un mur démantelé
Ruine visible encor" du rempart cimonien.
Chaque homme silencieux" détourna le regard.
Tandis que les vieillards" de la main se voilèrent.
Mais un cri délirant" parcourut le cortège
Quand apparut d’un coup" l’Acropole nouvelle.
Suivant la double haie" des blanches canéphores
La procession franchit" les hautes propylées
Grandiose entrée pareille" aux portes olympiennes
Que veillent jour et nuit" les vigilantes Heures
Versant pour les masquer" un opaque brouillard.
Tous croyaient s’échapper" de l’univers tangible
Hors de l’inique Vie" de la Matière ignoble
Pour ici parvenir" au séjour de leurs dieux
Qui vivent en paix' loin" de l’humaine misère
Loin de la corruption" de l’envie' de la haine.
De partout' en tous lieux" s’élevaient les sanctuaires
Contenant l’effigie" d’une divinité
Comme écrins somptueux" celant rubis et perles
Qui gardent pour toujours" la trace du Passé.
Le temps paraissait pris" aux rets des péristyles
Comme clayons géants" énorme palissade
L’Éternité captive" au sein des périboles
Dans les filins virtuels" bordant les téménos
Le divin prisonnier" des cellas' des naos
La Beauté retenue" par ces lignes radieuses.
Partout le marbre étale" une splendeur intense
Par contrastes subtils" et légers chromatismes.
Les parements laiteux" venant du Pentélique
Se mêlent aux blocs verts" amenés d’Éleusis
Dans les nuances bleues" du Paros nivéen.
Les ordres sont mariés" en un parfait accord
Le dorique sévère" au ionique élégant
Tel s’unit un son grave" au timbre plus aigu
Par les modulations" d’une mélodie pure.
Chaque style a créé" son peuple minéral
Couros herculéens" à la rigide forme
De leur tête portant" l’architrave pesante
Battos que pétrifia" le bienveillant Chthonien.
Délicates corés" dont le buste est fût grêle
Sur lequel se déroule" un chiton élégant
Dont les cothurnes plats" s’étalent en un tore
Dont les amples cheveux" s’enroulent en volute
Se coiffant de l’abaque" au lieu de catogan
Blanches Niobés figées" par la Vierge des Bois.
Noblement s’alternaient" au sommet des portiques
La série des motifs" métopes et triglyphes
Scène où revit sans fin" la grandiose épopée.
Sur les tympans taillés" mutules ciselées
Surgissent les géants" les Titans et les dieux
Côtoyant les héros" et les rois légendaires.
L’Amazonomachie" la Centauromachie
Font résonner la pierre" en soubresauts furieux.
Partout sur chaque socle" et sur chaque esplanade
L’on voyait s’animer" la foule des sculptures
Peuple issu de l’Esprit" façonnant le Réel
Bronzes dont la chair luit" marbres à la peau claire.
Poséidon ici" de son aigu trident
Fait jaillir de la terre" une onde au goût salé
Mais Pallas de sa lance" engendre un olivier
Prédiction de la Paix" de la Prospérité.
C’est alors qu’Illisos" désigné comme arbitre
Choisit pour la cité" la Vierge magnanime.
Là' c’est Pirithoos" qui pourfend Eurythion
Déodamie vengée" retrouve son époux.
Zeus écrase Typhée" le reptile aux cent bras.
La farouche Artémis" enlève Iphigénie
Pour éviter sa mort" dans le bûcher funeste.
Phryxos prend la Toison" que lui remet Hermès.
Là' Prométhée gémit" par un aigle rongé.
Là' Pandrose effrayée" sur les rocs se fracasse
Devant Érichtonios" et les divins serpents.
Déméter nostalgique" appelle Perséphone
Sa fille tant chérie" que lui ravit Hadès.
Meurtrier de son père" Œdipe aveugle fuit
Chassé par ses deux fils" que lui donna Jocaste.
Les mains encor tachées" par le sang de sa mère
Dans le temple delphique" Oreste est protégé.
Sombre thaumaturgie" dramaturgie sublime
Dont les divinités" sont les géants acteurs.
Le Grec a maîtrisé" le Barbare indompté
Voici l’Ordre émergeant" du primitif Chaos
Dans un cosmique duel" un combat sidéral
Que la Fatalité" grandit par son horreur.
L’art du savant bronzier" de l’adroit marbrier
Par le ciseau' la broche" et le moule ajusté
Rehaussant leur génie" sur Terre avaient créé
Ces reflets minéraux" du céleste univers.
Les cils d’airain battaient" les pupilles d’onyx.
Les bouches imprégnées" de cuprines paillettes
Paraissaient murmurer discourir' déclamer.
La mythique fiction" devenait vérité.
Le passé de nouveau" dans le présent vivait.
Phoibos éblouissant" inondait l’Acropole
Dans le vibrant éclat" de ses flèches célestes
Qui prêtaient mouvement" au peuple sculptural
Par le jeu capricieux" des rayons sur la pierre.
Les Athéniens fervents" parmi ces déités
Croyant en être fils" lors qu’ils en étaient pères
S’égayaient de leurs joies" s’affligeaient de leurs peines.
Parvenues sur la Voie" les vives arrhéphores
Joignant l’Érechthéion" brusquement obliquèrent.
L'on devait en ce lieu" vénérer les héros.
Tous demeuraient muets" mirant les Cariatides
Subjugués' transportés" par ces chefs-d’œuvre purs
Dont leurs yeux ne pouvaient" se désaccoutumer.
L’on eût dit les veillant" d’accueillantes amies.
Devant les effigies" les pâles ergastines
De ces divinités" devenaient sœurs terrestres.
Léger comme la nue" leur aérien corps flotte
Si bien qu’on les eût crues" mirages ou vapeurs
Visions' rayons' concrétisés' concrétionnés.
L’ichor semblait couler" en ces minéraux membres
L’éther subtil remplir" ces narines vibrantes.
Leur teint clair et sans tache" évoque indéfini
L’émail étincelant" ou les neigeux flocons
Les pétales des lis" ou le duvet des cygnes
La maritime écume" ou le névé des pôles.
Suggérant ou masquant" leur élégante forme
Le marbre magnifié" par la beauté parfaite
Perdant réalité" semblait virtualité.
Le chiton onduleux" vaguement déplié
S’étend contre leur dos" épouse leur poitrine
Se resserre à leur taille" à leurs talons retombe.
Le tissu translucide" est plus fin que la soie
Mais vainement Zéphyr" ne le déplacerait
Fixé pour le Futur" en immuable pose.
L’on frémirait d’extase" en les découvrant nues
Mais seuls peuvent les dieux" les contempler ainsi.
Figeant l’Instant présent" elles sont pour toujours
L’Idéal spirituel" statufié dans la pierre
Le Songe recréé" le Rêve transcendé
L’hypostase du Beau" qui reflète ici-bas
Le Principe divin" l’empyréenne essence.
Fascinés' éblouis" les Athéniens pensaient
«L’un de nous pourrait-il" en ce terrestre Monde
Concevoir de la sorte" une sublimité?»
Concrétions des nuées" elles sont délivrées
De l’horreur et du Mal" triste lot des humains.
Leur patient esprit suit" le temps sans fin qui fuit
Jours' nuits' lunaisons' printemps' hivers' millénaires
Mesurant la folie" des mortels inconstants
Face au calme éternel" de la Nature auguste.
Prêtres et magistrats" devant les propylées
Dès lors ont honoré" les vestiges antiques
Le tombeau de Cécrops" le premier souverain
La marine Embouchure" insigne du Sauveur
Que jadis entailla" son magique trident
Le rocher que frappa" le vif éclair de Zeus
Punissant Érechthée" meurtrier de sa fille.
Déjà le défilé" joignait le Parthénon.
La foule prosternée" commença la prière.
S’avançant vers l’autel" sur les dalles du seuil
Les vierges consacrées" bientôt se présentèrent.
Le groupe dignement" gravit le stylobate
Parcourut le parvis" franchit les hautes antes
Pour s'introduire enfin" dans la cella secrète.
Puis une porte en cèdre" au bout se dévoila.
Chacune posément" écarta les vantaux.
Lors' au fond du naos" apparut la déesse
Pallas Athéna' Sage" auguste et protectrice.
La statue minérale" et chryséléphantine
Dans le sanctuaire obscur" de ses feux rayonnait
Par les fulgurations" de l’or et de l’ivoire.
Caparacée' casquée" terrible et menaçante
La déesse défie" les Géants ennemis.
Le peplos agité" par ses rapides pas
S’envole aux ouragans" d’héroïques batailles.
Son indomptable ardeur" la secoue violemment.
Les franges sur l’égide" au bord de sa poitrine
Se trouvent parcourues" de brusques tremblements.
Les crins soyeux dressés" de son flambant cimier
Vibrent sous les efforts" des combats titanesques.
Ses mèches sont tordues" par sa vive énergie.
Son poing brandit la forte" et longue et lourde lance
Qui vainquit Encelade" et qui soumit Arès.
De l’autre elle maintient" le bouclier solide
Que protège effrayant" l’effigie de Méduse.
Rien n'aurait pu fléchir" sa volonté sans faille
Résister à son bras" qui peut tout maîtriser.
La Fougue est prisonnière" en sa nerveuse main.
Ses pieds ont enchaîné" Gloire ainsi que Victoire.
C’est l’impérieux Courage" éclairé par l’Esprit
La Puissance menée" par Sagesse et Raison
Lucidité guidant" vive Intrépidité.
Sa farouche beauté" resplendit en son être
Se reflète en son corps" en sa chair' en ses membres.
Dans son œil flamboyant" rayonne la fierté
Magnanime grandeur" et martiale noblesse.
De sauvages éclairs" de ses pupilles fusent
Mais l’on y sent veiller" une chaleur paisible.
Ses prunelles moirées" en verdâtre et bleu pâle
Simulent tour à tour" émeraude et saphir
Le coloris de l’onde" et la teinte azurée
Le maritime gouffre" et l’abîme céleste
Lumière éblouissante" où l’âme transparaît
Comme un palais magique" au fond d’un océan
Féerique mirage" en un désert glacé.
La sérénité luit" en son perçant regard
Bienveillante expression" d’ineffable tristesse
Vaguement assombrie" de grave nostalgie.
L’on eût cru' le sondant" que ce radieux visage
Malgré sa fureur' son ardeur' sa frénésie
Toujours était marqué" d’un éternel chagrin.
Quand du profond naos" l’on tira les vantaux
Chaque ergastine alors" de ses mains entr’ouvertes
Se protégea les yeux" pour n’être incommodée
Par le puissant éclat" de l’or et de l’ivoire.
Toutes saisies' rivées" admiraient la déesse
Dans une adoration" mutique et véhémente.
Cependant pas à pas" s’avancent les fillettes
Puis avec précaution" déposent leur peplos.
Toutes sentaient l’Esprit" habiter leurs pensées
La Force illimitée" pénétrer leur poitrine
La Beauté s’épancher" dans leur vibrante chair.
Des larmes à leurs yeux" perlaient et s'écoulaient.
«Gloire à toi' Niké' gloire" à la vierge aux yeux pers
Skiras' Tritogénia' Polias' Agoraria
Chalcieakos' Itonia' Glaucopis' Phratria
Gloire à toi' Niké' gloire" à la vierge aux yeux pers»
Toutes sentaient ses rais" les saisir' les grandir
Comme un oiseau planant" au souffle du notos
Comme un radeau glissant" dans l'écumeuse houle.
Son intense regard" d’où s’épanchait Puissance
Les attirait pareil" aux galets d’Héraclée
Dans le double faisceau" de leur champ magnétique.
Les bras tendus' unis" les vives arrhéphores
Dispensaient l'ovation" d’une ardente prière
«Gloire à toi' Pallas' o" Très-sage et très-puissante...»
L’émotion qui pour tous" attisait le délire
Figeait leurs mouvements" paralysait leurs membres
Sublimés' pétrifiés" au regard de Gorgô.
Dehors' l’on entendait" la foule qui chantait.
«Gloire à toi Pallas' gloire" à la vierge aux yeux pers.
La Grèce est Lumière' Athène' Athène est Lumière
Gloire à toi Pallas' gloire" à la Vierge aux yeux pers...»
Les dons et les bouquets" s’abattaient sur l’autel
Submergé par les nues" des odorants pétales.
« Pallas' gloire à toi' gloire" à la Vierge aux yeux pers.
La Grèce est Lumière' Athène' Athène est Lumière...»
Les voix qui s’élevaient" s’envolant vers l’Hymette
Retentissaient' vibraient" sur les toits' les frontons...
Chalcieakos' Itonia' Glaucopis' Phratria
Skiras' Tritogénia' Polias' Agoraria
Chalcieakos' Itonia' Glaucopis' Phratria...
Skiras' Tritogénia' Polias' Agoraria
L’on eût dit que là-bas" les pâles Cariatides
Sachant Gloire éphémère" et Destin capricieux
Pleuraient de voir ainsi" le peuple aussi joyeux.
La Saga de l’Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol’Air - © Éditions Sol’Air - 2007