Poème épique de Claude Ferrandeix évoquant la naissance de Byzance et la pérennité du culte attaché aux dieux.
Comme au Latium' là-bas" voici les Sept Collines.
Dominant la cité, voici le Capitole.
Près du milion voici" fier' le triomphal arc
D’où partiront les chars" joignant les continents.
Là' voici l’hippodrome" et voici les forums.
De flambant neufs palais" séduisent patriciens.
Gratuite annone et jeux" recrutent plébéiens.
La campagne ici jouit" du jus italicum.
Les sénateurs confiants" découvrent ébahis
La nouvelle Curie" spacieuse et luxueuse.
Comme hier en ce lieu" siègent les magistrats.
Sur le marbre parien" du pilier supérieur
L’on grava' prestigieux" ces mots' Nea Roma
De son araire ancienne" entamant un sillon
Cet homme recouvert" de l’impériale pourpre
Ne ressemble-t-il pas" au jumeau Romulus?
Depuis que s’acheva" l’Âge des Olympiens
Le voici converti" chrétien' nazaréen
Mais il est demeuré" Pontifex Maximus.
Le voici priant Dieu" mais déesse Fortune
Le dirige et l’inspire" en cet auguste jour.
Malgré l’opposition" du jaloux Patriarche
Le zélé Sopâtros" néoplatonicien
Grave une dédicace" au nom des Hypostases.
Les antiques rituels" règnent dans le présent.
Du passé rejaillit" sa force rémanente.
L’on a voulu tarir" la source vivifiante
Mais elle coule encor" généreuse' abondante.
L’on voulut arracher" cette plante exécrée
Mais s’épanchent toujours" ses rameaux nourriciers.
L’on voulut effacer" l’ancienne tradition
Mais dans l’ombre survit" l’abhorré paganisme
Que l’on ne peut briser" que l’on ne peut dompter.
Le voici toujours là" profond' puissant' prégnant.
La féconde Rhéa" doit céder à la Vierge
Sainte Irène succède" à Cypris interdite
Mais l’on a conservé" l’hommage au Musagète
La colonne delphique" en marbre serpentin.
Les Bains de Zeuxippus" gardent leur ancien nom.
Ramenée par Énée" d’Ilion fuyant le feu
L’effigie de Pallas" étincelante' éclipse
La cognée que mania" le Protecteur Noé
Pour édifier son arche" et sauver chaque espèce.
L’Apollon de Phidias" pareil à Constantin
Par sa main brandissant" la véritable Croix
Scelle pour le futur" l’impossible mariage
Du glorieux paganisme" au christianisme odieux.
La statue mutilée" buste sans bras' sans jambes
Conserve sa grandeur" et sa magnificence
Plus qu’apôtres intacts" saints fraîchement sculptés.
Si prestigieuse fut" Rome aux temps révolus
Que ses restes encor" déplacés' délabrés
Dominent l’univers" éblouissent la Terre.
La foule déambule" en scandant sur le Mèse
D’énergiques pensées" d’héroïques maximes.
Parmi les sons gracieux" du Grec' du Koïné
Résonnent les mots clairs" des latines formules.
Cris joyeux et vivats" de regrets s’accompagnent
Les cœurs sont envahis" de vague nostalgie.
Mais priment volonté" courage et fermeté.
«Jamais l’on oubliera" le Tibre et l’Apennin.
Jamais l’on oubliera" Scipion' César' Auguste.
L’Avenir est à nous" car l’Empire est vivant.
L’Histoire encor chérit" les enfants de Vénus.
Dans nos mains nous tenons" l’Orient et l’Occident
Sur les trois continents" les quatorze provinces.
La Morte Mer n’est-elle" aussi Mare Nostrum?
La cité connaîtra" l’immense apothéose
Que jamais n'atteignit" ville dans l’Univers.
Ainsi Byzance croît" se déploie' s’épanouit...
Pendant que là-bas' loin" Rome isolée se meurt»
La Saga de l’Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol’Air - © Éditions Sol’Air - 2007