COMPLÉMENT INDICATION DES PAUSES
ET INFLEXIONS VOCALES

Lecture intuitive pratiquée par les lecteurs

Une étude statistique montre chez les lecteurs une relative absence de correspondance entre ponctuation et pause à l'intérieur des phrases: absence d'arrêt sur interface avec ponctuation et surtout arrêts sur interface sans ponctuation. À l'intérieur de la phrase, le taux de concordance entre virgule et arrêt temporel est environ de 56% (16% de virgule sans arrêt et 28% d'arrêts sans virgule ni autre signe de ponctuation. Le lecteur, naturellement, négocie certaines virgules par une simple inflexion vocale, et surtout il surajoute un nombre non négligeable de pauses en dehors de toute ponctuation. Une telle lecture ne nous paraît pas satisfaisante sur le plan esthétique.

On pourrait penser qu'une correspondance totale entre ponctuation et arrêt temporel, notamment pour la virgule, satisfaisant en cela la définition prescriptive qu'en donne l'Académie comme pause obligatoire, serait idoine. Le résultat ne nous paraît pas meilleur sur le plan esthétique, sinon même moins bon. Les exemples suivants - si on les teste en observant une courte pause au niveau de toutes les ponctuations - en témoignent, nous semble-t-il:

Une voix, derrière la porte, appela : « Jeannette ! »
(Une vie - Maupassant)

L’aire Saint-Mittre est un carré long, d’une certaine étendue, qui s’allonge au ras du trottoir de la route, dont une simple bande d’herbe usée la sépare.
(La fortune des Rougon - Zola)

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous.
(Madame Bovary - Flaubert)



Définition de la virgule selon différents ouvrages de référence

Voici quelques définitions de la virgule dans différents ouvrages de référence:

-Académie Française 8th Edition (1932-5): indique la moindre des pauses et 9th édition (2024) : indique une légère pause
-Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi): sépare les membres d'une phrase ou indique une pause faible.
-Robert: marque une pause de peu de durée, qui s'emploie à l'intérieur de la phrase pour isoler des propositions ou des éléments de propositions
-Littré: indique la moindre de toutes les pauses.
-Larousse: distingue, à l'intérieur de la phrase, des mots, des groupes de mots ou des propositions qu'il est utile de séparer ou d'isoler pour la clarté du contenu.
-Office Québécois de la Langue Française: séparer des mots de même nature et des propositions à l'intérieur d'une phrase.
Certains dictionnaires (Académie, Robert, Littré) définissent la virgule comme marqueur temporel, d'autres uniquement comme marqueur syntaxique (Larousse, Office Québécois de la langue Française). Enfin, le Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi) propose une définition intermédiaire (la virgule comme marqueur syntaxique impliquant ou non une pause).

Le TLFi, le Larousse laissent donc à l'initiative du lecteur la possibilité de négocier la virgule avec ou sans pause (donc par une simple inflexion vocale). Cette définition permissive est sans doute la meilleure qui puisse s'accorder à la réalité pour la pratique courante de la langue, quoique sur le plan sémiotique, elle soit ambigüe (un même signe possède deux significations possibles). Une définition univoque de la virgule comme signifiant à l'égard du lecteur nous apparaît indispensable pour les ouvrages littéraires d'une particulière exigence sur le plan esthétique.

Cas relatifs à la virgule au niveau du texte

Les principaux cas que nous considérons comme congruent (V virgule C ou V) au niveau d'une virgule correspondent à environ 38% des occurrences sur virgule. L'ensemble des autres cas que nous considérons comme erratiques dans le cadre de la théorie euphonique correspondent donc à 62% des cas, ce qui est très conséquent, dont notamment les cas d'interface e post-accentuel consonne sur virgule (avec liaison correcte ou incorrecte à l'oralité) (25%). Les virgules placées sur des interfaces non congruentes nuisent donc considérablement à l'euphonie.
Sur l'ensemble, la conclusion évidente est qu'il est indispensable que l'auteur définisse les interfaces compatibles sur lesquelles le lecteur pourra s'arrêter.

Cas relatifs à la virgule au niceau de l'oralité

Considérons les statistiques au niveau des 3 cas d'incompatibilité: virgule sur élision, virgule avant consonne brute, virgule sur e caduc terminal.

-virgules sur élision

Les statistiques sur les pauses ou inflexion vocales sur les interfaces en élision avec ou sans virgule sont les suivantes:

interfaceoralité % congruence
scripturale
congruence
orale
virgulepause 16MAUVAISEMAUVAISE
virguleinflexion 4MAUVAISEBONNE
sans poncpause 11BONNEMAUVAISE
sans poncinflexion 70BONNEBONNE

On s'aperçoit que les lecteurs semblent restituer la congruence dans 4% des cas où la virgule est présente. En réalité, il s'agit très probablement de cas de non-respect de la virgule dépourvu de toute intentionnalité de corriger l'incongruence. En effet, le taux de non-respect de la virgule est relativement élevé comme nous l'avons vu plus haut(16 %). Les cas de pause sur interface sans ponctuation est étonnemment élevé (11%), soit en fait 14 % des élisions sans ponctuation (11 / (11+70)) de Au total, le taux de non-congruence orale sur l'élision est de 27 % (16+11), donc relativement conséquent.

-virgule sur consonne brute

interfaceoralité % congruence
orale
virgulepause9MAUVAISE
virguleinflexion2BONNE
sans poncpause2MAUVAISE
sans poncinflexion87BONNE

Dans le cas d'une consonne brute, l'incongruence de la virgule est largement avalisée: 82 % des cas de virgule sur consonne brute (9 / (9+2)). Comme précédemment pour l'élision, le taux de correction (2 %) est probablement inintentionnel, de même que les pauses sur interface sans ponctuation puisque le taux général de pause sur tous types d'interfaces sans ponctuation est de 28 % (voir plus haut).

-virgule sur e caduc non élidable

interfaceoralité % congruence
orale
virgulepause9MAUVAISE
virguleinflexion2MAUVAISE
sans poncpause2MAUVAISE
sans poncinflexion87BONNE

Dans les cas d'e caduc non élidable, les sous-cas sans ponctuation correspondent à une apocope de ce e caduc, ce qui est normalement admis (et très généralement effectif) en prose courante, même littéraire, mais que nous ne pouvons admettre dans le cadre d'une écriture rigoureuse telle que l'écriture euphonique.

Les cas sur virgule sont donc tous incongruents et doivent être comptabilisés, même s'ils sont constitutifs du texte et impossible à éviter par le lecteur. À ces cas s'ajoutent celui d'une pause sur interface sans ponctuation égal à 2%.

-Conclusion

Au total, les taux oraux d'incongruence dans le cadre d'une écriture traditionnelle (sans indication d'inflexion vocale sans pause) en fonction du type d'interface (virgule ou interface sans pause), en valeur absolus, sont donnés par le tableau suivant:

type interface incongruence
valeur absolue
%
élision28525
consonne brute34830
e non élidable526 45
TOTAL1159

Par rapport au nombre total d'interface sur virgule (1522 cas), les cas d'incongruité (1159) représentent 76%. Nous avons vu qu'en théorie dans le texte le taux d'interface incongruentes était de 62%. Il résulte de cette comparaison que le lecteur amplifie le taux d'incongruence. La cause principale en est évidemment le nombre de pause sur interface sans ponctuation (28% d'après la valeur indiquée plus haut) réalisées de manière apparemment stochastique.

Par ailleurs, il apparaît que la longueur excessive de certains syntagmes n'intervient que très peu dans la valeur de ce taux élevé (voir la partie Complément: arrêts temporels et longueur des syntagmes).

Nous avons considéré le cas prépondérant des interfaces sur virgule. Il existe néanmoins un certain nombre de cas non négligeable d'incongruence pratiqués par les lecteurs au niveau d'autres ponctuations (divers points notamment).