COMPLÉMENT - ÉVITEMENT DES E
POST-ACCENTUELS TERMINAUX DANS LE FLUX


Il est rappelé que toutes les valeurs statistiques ci-dessous relatives à la prose concernent uniquement la prose littéraire (roman, prose poétique, nouvelle...)

prononciation des e caducs de polysyllabes post-accentuels dans le flux sur interface sans ponctuation et hors élision

Les proclitiques monosyllabes (le, je, me...), presque toujours prononcés en déclamation littéraire, ne sont donc pas comptabilisés.
nombre total: 116 pour 1000 interfaces
42 % prononcés, 50 % apocopés, 8 % ammuis sur respiration
Parmi les interfaces sans respiration, 45% sont prononcés, 55 % sont apocopés.
Plus le nombre de syllabe du mot est élevé, plus le pourcentage de prononciation diminue, passant de 48 % pour un dissyllabe à 33 % pour un pentasyllabe.
En général, comme la statistique le montre, ce sont plutôt les e caducs sur la fin des polysyllabes qui sont apocopés car leur prononciation est moins intuitive que sur les disyllabes pour lesquels l'accent tonique peut être plus facilement marqué, ce qui augmente la tolérance du e post-accentuel.
Le taux de prononciation dépend aussi du type de syllabes:

prononciation des e caducs post-accentuels en fonction des syllabes en prose littéraire
Règle des 3 consonnes:
Lorsque l'apocope (non prononciation) occasionne la rencontre de 3 sons consonantiques ou plus, le e se trouve généralement plus souvent prononcé pour des raisons évidentes de facilité élocutoire.
un membre de la famille (br et d: 3 sons consonantiques)
la vile fripouille (l et fr: 3 sons consonantiques)
la campagne verte (gn et v: 2 sons consonantiques)

Dans le cadre des textes littéraires où la prononciation des e caducs est plus importante que dans le langage courant, cet effet reste néanmoins prononcé. Le taux de prononciation est de 73 % pour les interfaces à 3 consonnes alors qu'il est de 34 % en cas d'interface consonantique à 2 consonnes. Cette statistique ne comptabilise pas le cas particulier des proclitiques (le, je, te...) qui sont quasiment toujours prononcés dans la déclamation des textes littéraires.
Le taux de prononciation dépend du type de consonne considéré et aussi de leur répartition au niveau de l'interface. Par exemple, la différence est relativement faible entre be et d'autre part ble ou bre, très importante entre pe et ple. Les 2 consonnes du premier mot de l'interface sont largement déterminantes. Notamment, on trouve les pourcentages de prononciation suivantes pour les combinaisons indiquées ci-dessous (x représente une consonne quelconque):
xx_x (ex: ombre portée): 82 %
x_xx: (ex: pâle trogne) 64 %

prononciation des e intra-lexicaux (à l'intérieur des mots)

naturellement
Ces e ont une fréquence de 36 pour 1000 interfaces. Ils sont prononcés à 83 % dans le cadre de textes littéraires. Notons qu'ils obéissent également à la règle des 3 consonnes.

-nombre d'élisions sur interface e post-accentuel sans ponctuation
hors élisions constitutives indiquées par une apostrophe (l', c', d'...)
nombre total: 81 pour 1000 interfaces. En déclamation, parmi ces élisions sur texte, on trouve
4 % de e prononcés - 88 % d'élisions (correctes ou incorrectes) - 7 % de respirations, 1 % d'aspirations
Parmi interfaces sans respiration: 6 % e prononcé - 94 % élisions (correctes ou incorrectes)
-e caducs post-accentuels consécutifs (hors e de proclitiques)
la grande table rouge.
Taux de 19 pour 1000 interfaces. En déclamation, 7 pour 1000 interfaces sont prononcés.

e caducs post-accentuels euphoniques

Même si certains mots ne comportent pas scripturalement un e caduc post-accentuel, ils peuvent dans un environnement de consonnes entraîner à l'oralité dans le langage courant l'ajout d'un e euphonique, ce qui ne peut évidemment être accepté dans le registre littéraire, néanmoins cela se produit parfois.
Le vent d'ouest souffla.
Le vent d'oueste souffla. (prononciation courante)
Le pourcentage de ces e (appelés quelquefois euphoniques) est environ de 1 %.

Lissage instinctif du locuteur grâce aux e caducs
Les e caducs post-accentuels dans la langue française agissent comme des voyelles tampons susceptibles d'éviter les enchaînements consonantiques entre les mots (par intercalation d'une voyelle neutre entre des consonnes plus ou moins incompatibles).
En effet, quand les e caducs post-accentuels sont apocopés, ils peuvent éviter une rencontre consonantique:
Considérons le premier exemple suivant en comparant la lecture d'un e apocopé ou non:
la parole d'un homme (e prononcé)
la parol' d'un homme (e apocopé)
La lecture apparaît beaucoup plus adoucie lorsque le e de parole n'est pas apocopé (évitant ainsi un enchaînement consonantique).
En revanche, dans le fragment suivant:
le mariage de ma sœur (e prononcé)
L'apocope du e de mariage n'introduit pas de dysharmonie très sensible (car la succession gd est moins abrupte que la succession ld de l'exemple précédent) et même évite la cacophonie vocalique indirecte ge, de.

Néanmoins, l'accumulation ponctuelle des e caducs entraînerait un effet négatif si le lecteur les prononçait tous, comme dans l'exemple ci-dessous:
une petite chose négligeable.
Le lecteur réalise un lissage intuitif en apocopant un certain nombre de ces e. En revanche, une apocope outrancière entraîne un langage dur, proche du langage argotique. Ce lissage instinctif vaut surtout en éliminant la syllabe "re" et pour les succession e post-accentuel e non accent toniques (voir cacophonie eu).
Le gommage instinctif des cacophonies par le lecteur peut parfois engendrer des élisions incorrectes (fausse élision) qui ne sont évidemment pas admissibles dans un discours littéraire. Exemple:

Des roses épanouies (prononcé Des ros'épanouies)

Le taux de telles incorrections atteint 54%. nombre pour 1000 interfaces: 10
18 % sur respiration
parmi les interfaces sans respiration
25 % élisions déclamées avec liaison et prononciation du e (correcte)
ils viennent en chantant
31 % élisions déclamées avec liaison sans prononciation du e pour 1000 interfaces (correcte apocopée)
ils vienn't en chantant
44 % élisions sans prononciation de la liaison ni du e (incorrecte ou "fausse élision")
ils vienn'en chantant

monosyllabes proclitiques (ce, de, le...)
37 pour 1000 interfaces
97 % prononcés - 3 % apocopés

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