COMPLÉMENT CONSÉQUENCES
DE L'ÉCRITURE EUPHONIQUE EN PROSE


Voici les résultats statistiques obtenus par la comparaison d'un texte en prose courant et d'un texte euphonique, statistique ramenée à 1000 interfaces.

c-c: interfaces dures cc sans arrêt temporel
éli: élision
e fin: e post-accentuel au niveau d'un arrêt temporel
pt: nombre de points

variable c-c éli e fin points
 natif  30  76  19  130
 euph  29  196  30  145

Il semble difficile de contester que les textes écrits selon le concept d'écriture euphonique apparaissent moins heurtés, moins chaotiques, plus fluides, et de ce fait plus reposant à la lecture, ce qui était l'effet recherché. La structure phonique de la langue se trouve radicalement changée en ce qui concerne la prose. Ainsi, la langue, comportant une majorité de successions accent tonique, syllabe post-accentuelle en e qu'est le français devient une langue plus homogène, formée d'oxytons uniquement, ce qui évite le recours à ces chevilles euphoniques que sont les e post-accentuels terminaux. Et il n'en résulte pas d'augmentation du taux relatif aux enchaînements consonantiques. Signalons que le coefficient de cacophonisme, par définition, est ramené à cette seule valeur, puisque toutes les cacophonies sont évitées, soit 29 au lieu de 486 pour la prose native.

En second lieu, les contraintes de l'écriture euphonique elles-mêmes, additionnées aux règles syntaxiques, aboutissent à diminuer la longueur des phrases, ce qui permet d'augmenter le taux de e post-accentuels au niveau d'une pause, une situation où ils ne créent aucun effet négatif.

Pour terminer, l'augmentation spectaculaire des élisions (indispensables pour intégrer les mots se terminant par un e post-accentuel), associée aux liaisons obligatoires permet une concaténation organique du discours au lieu d'une suite de mots isolés, particularité très favorable à l'euphonie. L'exemple suivant le montre de manière saisissante:

Une image idoine en ma pupille apparut.
(4 e sont élidés grâce à des mots commençant par une voyelle: image, idyllique, en, apparut. Le syntagme est ramené à 12 syllabes au lieu de 16)

Par ailleurs, l'expérience montre que la traduction d'un texte natif en texte euphonique n'augmente pas le nombre de mots, mais induit une légère augmentation du nombre de syllabes. Comme dans la prosodie poétique classique, la traduction en écriture euphonique entraîne parfois le recours à des développements superflus ainsi qu'à des chevilles (des mots passe-partout commençant par une voyelle et se terminant sans e post-accentuel comme ainsi, alors...), mais ceci est compensé par l'augmentation considérable des élisons qui absorbent un nombre important de syllabes. C'est donc un point positif que l'écriture euphonique n'allonge pas inutilement les textes et ne réduit donc pas leur force par dilution parasitaire. L'écriture euphonique, ainsi, n'entraîne pas de complications supplémentaires, mais tend plus souvent à la simplification.

En revanche, d'autres conséquences, plus contestables, apparaissent involontairement sur l'aspect lexical et sémantique par suite des contraintes imposées.

On constate notamment un choix avantageant les termes masculins par rapport aux termes féminins et l'impossibilité d'utiliser certaines combinaisons de termes majeures de la langue (on ne peut écrire par exemple: une fille et encore moins une belle fille...).

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