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UNE JOURNÉE DANS UN CHALET À LA MONTAGNE Cela fait trois jours que je ne me suis pas habillée, je reste en chemise de nuit, je trouve que cela est plus sensuel. Je ne me plais qu'à me prélasser dans mon lit, me regarder aux miroirs dans la pénombre. Hier je n'ai pas ouvert les volets de la journée. Aujourd'hui à midi, tout d'un coup je me suis mise toute nue. J'ai rejetée loin ma chemise de nuit, j'ai quitté ma combinaison que j'ai envoyé promener de l'autre côté de la chambre. Puis je suis allée vers la porte-fenêtre de la cuisine (celle qui donne sur le balcon), je l'ai ouverte. Tout d'un coup, la lumière de la neige est entrée vivement dans la pièce et m'a illuminée en même temps que le froid m'a saisie. Cet instant était magique. J'ai ressenti quelque chose de fulgurant, j'étais d'une gaieté radieuse. Puis j'ai regardé dehors le paysage plein de neige en m'avançant sur le bord du balcon. J'adore la neige. Je ne peux pas expliquer tout ce que je ressens en regardant la neige. Il y a quelque chose de contradictoire. Il y a bien sûr la pureté de la blancheur, la lumière, la gaieté, la sérénité, le silence. Il y a aussi la froideur de la neige qui est quelque chose d'enivrant. Cela me parcourt tout le corps. C'est une sorte d'exigence qui évoque la lutte, une sorte de surpassement de la pureté. Je suis restée comme cela toute nue devant la fenêtre, je sentais le froid me saisir comme une vague de pureté et je ressentais un plaisir intense. Je suis restée comme cela jusqu'à ce que je sois toute glacée jusqu'au paroxysme du plaisir et de la douleur. Enfin j'ai refermé la porte-fenêtre.Je suis restée toute nue pour manger, sans quitter des yeux la neige. J'ai simplement croqué une pomme, une poire, un morceau de céleri, et même aussi un morceau de poireau que je n'ai même pas coupé. La poire était trop molle, je l'ai rejetée. Le poireau cru était amer, avec un goût difficilement supportable, mais cela m'a enivrée encore plus comme si une lame de pureté me traversait le corps. Je ne voulais rien utiliser pour manger. Tous les ustensiles de cuisine me paraissaient pauvres, je ne pouvais plus les endurer. J'avais envie de l'orange, je ne l'ai pas prise car il aurait fallu l'écorcer, c'était déjà trop artificiel. Je ne voulais que mordre directement dans quelque chose. Ensuite, je me suis habillée avec une rapidité extraordinaire. J'ai mis mon habit de trappeur avec la casquette à queue de renard et avec une robe longue. J'avais besoin de sortir, d'être dans la lumière et dans la neige, il y avait une envie irrépressible qui me poussait. Je suis descendue à la cave prendre la hache et je suis allée dans le petit carré d'arbre en face avec le traîneau. J'imaginais que j'étais une laponne et que j'avançais dans le désert glacé. Presque tout l'après-midi, j'ai coupé des branches que j'ai empilées sur le traîneau. Je sentais en moi une force incroyable, surtout de nervosité, de rapidité. Je sentais une espèce d'énergie qui émanait de ma beauté. Je sentais aussi une sensualité inimaginable dans mes doigts, dans mes jambes, dans mes bras. Je sentais tout mon corps, la beauté de tout mon corps. Mes cheveux volaient autour de moi. J'avais l'impression que les arbres étaient des espèces de dragons embarrassées, un peu honteux et qui ne me faisaient pas peur. Il y a plusieurs personnes du village qui sont passées sur le chemin. Elles devaient être étonnées de voir cette fille avec ses grands cheveux et sa robe longue qui coupait du bois dans la neige et le froid. Il y a une belle fille brune très frileuse qui est passée avec son écharpe alors que moi je défiais le froid. Je me suis redressée un instant, immobile, pour bien lui montrer ma beauté, puis je lui ai souri. J'ai senti à ce moment une volupté extraordinaire m'envelopper. Elle me regardait fixement, mais je n'ai pas pu savoir ce qu'elle pouvait penser. Après, le soleil s'est brusquement caché, et j'ai senti que quelque chose d'indéfinissable avait changé. C'est arrivé sans que je m'en rende compte. J'ai ressenti alors une sorte d'angoisse qui m'étreignait, presque une détresse. J'ai regardé la campagne, l'horizon. J'ai eu une impression d'indifférence de la nature, d'absence. Et puis il y avait en moi l'image de cette fille que je ne connaîtrais jamais. Un instant une idée me traversa l'esprit: l'envie de fuir, fuir loin, loin dans la montagne pour ne jamais revenir, marcher sans cesse, me perdre dans l'univers jusqu'à épuisement, jusqu'à la mort... Je connaissais cette impression, je l'avais déjà eu une fois. Puis j'ai ramassé les dernières branches délicatement, lentement. J'ai poussé le traîneau jusqu'au chalet et je suis rentrée. |