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AUZON Sous les remparts, nous suivîmes le chemin de ronde qui longeait les fortifications. Il se réduisait parfois à un rebord dont l'étroitesse laissait à peine l'emplacement de nos pas et parfois s'élargissait en un glacis suspendu dans le vide. Par-dessus l'antique muraille, les plantes rupestres pendaient telles des chevelures sur des visages crevassés par les ans. Les pierres en déséquilibre ne semblaient se maintenir que par l'effet d'une grâce mystérieuse les affranchissant de la gravité. Sur la pente de la citadelle s'ouvraient des caches, des abris, des porches, des réduits, des appentis, des auvents dont on ne pouvait comprendre pour quelle raison obscure ils avaient été un jour aménagés: repaires de brigands, ultimes refuges en cas d'attaque subite, asiles d'ermite protégeant la méditation mystique ou retraites d'amoureux préservant leurs étreintes jalouses. Nos regards, s’immisçant à travers la vigne vierge ou la glycine des barrières, des clôtures, découvraient des courtils terreux, poussiéreux, des jardinets essartés, des recoins humides, moussus, comme les parties honteuses d’un être dont nous aurions violé l’intimité secrète. De ci de là, parmi l’ortie et le plantain, gisaient des gamelles rouillées, des planches vermoulues, des tonneaux éventrés, des tuiles écaillées, des outils démanchés... Les capucines, les oeillets, les gueules de loup glissaient leurs corolles par les déchirures des grillages, la mousse recouvrait les éboulis, la capillaire colmatait les fentes, comme si la Nature avait voulu verser le baume de ses couleurs et de ses senteurs sur les blessures des maisons abandonnées.Tout paraissait désert. L'on eût dit que les habitants s'étaient miraculeusement évanouis et que nous étions les seuls maîtres du village. Notre promenade en cet étrange labyrinthe n'était troublée que par le passage silencieux de quelques chats noirs ou blancs, tels de mauvais esprits nous attirant dans un funeste passage ou de bons génies nous guidant vers la sortie libératrice. Ces étagements de maisons, d'enceintes, de murets, de promontoires, de redans formaient un fouillis inextricable, une complication merveilleuse et mystérieuse qui envoûtait l'esprit. Partout, sur la pierre, volubilis, lierre, liseron agrippés aux anfractuosités, projetaient leurs orbes végétaux, couvraient mâchicoulis, tourelles de guet, meurtrières, imprégnant d'une pacifique poésie ces témoins de la martiale violence rendus inoffensifs. Cependant, quelques ateliers modernes mêlaient indécemment la hideur fonctionnelle de leurs panneaux en novopan, de leurs tôles ondulées à cette harmonie enchanteresse du minéral et du végétal comme un élément erratique dans un tableau pittoresque ou une fausse note dans une mélodie sublime. J'aurais été incapable de savoir où aboutissait ce dédale qui semblait toujours nous ramener au même lieu en une itinérance indéfinie... |