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NOTE SUR LA VERSIFICATION
Les règles de versification établies dans cette Note sont le résultat d'essais intuitifs qui se sont étendus sur plusieurs années. J'ai été amené ainsi à réécrire plusieurs fois une grande partie de la Saga de l'Univers (les tomes 1 à 7) pour des raisons de prosodie au fur et à mesure que ces règles se précisaient en mon esprit. Il ne s'agit en aucun cas d'une norme gratuite, mais de la conséquence d'effets perçus à la lecture des vers, par l'expérience. On voudra bien m'excuser de l'aspect strict de ce catalogue, il ne traduit pas mes hésitations liées à la complexité et à l'imprécision de la réalité prosodique. Ce sont les nécessités de la composition qui m'ont obligé à un choix et à l'établissement de règles rigoureuses. En outre, je ne prétends nullement établir des règles universelles, mais préciser celles que j'ai personnellement utilisées pour l'écriture de mes propres ouvrages poétiques à l'intention des lecteurs intéressés.
RÈGLES MÉTRIQUES RELATIVES À L'ALEXANDRIN
Ces règles sont relatives à l'alexandrin de douze syllabes comportant des subdivisions de six syllabes au maximum. Elle sera élargie ensuite aux autres formes de prosodie.
Afin de comprendre les règles exposées, il est nécessaire de définir la notion de liaison grammaticale en relation avec celle de césure. Entre les mots d’un texte, il existe un degré de liaison grammatical plus ou moins fort. Quatre types de liaisons peuvent être définis :
- liaison absolue (A)
- liaison forte (F)
- liaison faible (f)
- liaison nulle (N)
Malgré (A) la (A) douleur, (f) la (A) fatigue, (f) malgré (A) le (A) simoun (F) qui (A) rugit, (F) l’(A) homme (F) avançait (A) toujours. (N) Le (A) soleil (F) déclinait.
Les cas correspondant à chaque type de liaison sont notamment les suivants:
- liaison absolue
- entre un nom et son article
- entre un nom et son premier adjectif s’il est unique
...
- liaison forte
- avant une proposition introduite par une conjonction à
l’intérieur d’une phrase
- entre le groupe sujet et le verbe
- avant une proposition introduite par un participe
- entre un nom et un complément de nom
- entre un verbe et son complément
...
- liaison faible
- entre tous les termes d’une énumération
- entre deux groupes de termes en apposition
- liaison nulle
- entre des proposition indépendantes
- entre des phrases différentes
Règle : Aucune césure ne peut s’établir au niveau d’une liaison grammaticale absolue.
Ainsi les malheureux guerriers de l’Empereur MAUVAIS
(césure illicite entre malheureux et guerriers)
Cependant les guerriers courageux et hardis BON
(césure licite entre guerriers et courageux)
Une césure correspondant à une liaison grammaticale forte sera dite césure faible, une césure correspondant à une liaison grammaticale faible ou nulle sera dite césure forte.
Règle : Lorsque les césures sont établies au niveau de liaisons grammaticales faibles (césures fortes), elles peuvent se trouver en nombre et place variable dans le vers. Ce type de vers est le vers brisé.
Des joyaux vifs, des rubis, des grenats, diamants BON
(vers comportant trois césures fortes principales établies sur des liaisons grammaticales faibles)
Règle : Lorsqu'un vers comporte une césure faible (établie donc sur une liaison grammaticale forte), elle est la seule césure faible du vers et elle le sépare obligatoirement en deux hémistiches égaux. Ce type de vers est le vers lié.
Cependant les guerriers courageux et hardis BON
(vers comportant une seule césure faible entre guerriers et courageux)
Des joyaux vifs qui flamboyaient dans leur écrin MAUVAIS
(vers ne pouvant fournir aucune liaison grammaticale faible, donc aucune césure forte, l’établissement possible de deux césures faibles, l’une après vifs, l’autre après flamboyaient ne permet pas d’obtenir un vers valide comme on s’en aperçoit à la lecture.)
Le vers lié peut comporter éventuellement des césures secondaires fortes en plus de la césure principale faible.
Là se trouve un soldat, voûté, figé, songeur BON
(césure faible principale après « soldat », césures secondaires fortes après voûté , figé.
Afin d’aider le lecteur à lire le vers selon son rythme, toutes les césures principales seront indiquées. A défaut de signe typographique convenable, la virgule a été choisie. Elle correspond en partie (mais en partie seulement) à sa définition normale en ce sens qu’elle indique un bref arrêt dans la lecture. Cette indication obligatoire, d’autre part, oblige aussi l’auteur a établir correctement les césures. Notons que toutes les autres virgules nécessaires, qui ne correspondent pas à une césure principale, mais à certaines césures secondaires, sont conservées. En dernier lieu, si un autre signe de ponctuation est nécessaire, (guillemets, point d’interrogation, point...) il n’est pas doublé par la virgule et indique une césure obligatoire.
L'Homme réduit, l'Homme détruit, l'Homme assassine
(virgules indiquant des césures fortes dans un vers brisé)
Des feux pâles flambaient, sur la plaine lugubre
(virgule indiquant une césure faible dans un vers lié)
César, maître du Monde, à ses pieds s’agenouille
(Dans ce vers lié, la première virgule indique une césure secondaire forte établie sur une liaison grammaticale faible, ce qui est licite, la seconde indique la césure principale faible sur une liaison grammaticale forte.)
Règle : Un e muet ne peut se trouver à l’intérieur d’un vers au niveau d’une césure ou d’une liaison grammaticale faible.
De flamboyantes fleurs, écarlates, grenat MAUVAIS
(qu’il y ait une virgule ou non entre écarlates et grenat, le e muet est illicite.)
Règle : Dans les cas, rarissimes, correspondant à un temps de silence prolongé indiqué par « — » ou un temps suspensif « ... » ou encore lorsqu’il s’agit d’un élément de dialogue ou de citation à l’intérieur d’un vers, la césure doit être considérée comme une fin de vers, c’est-à -dire qu’elle peut comporter un e muet qui ne compte pas comme syllabe, mais le second élément ne peut commencer par une voyelle.
Tout paraît serein, calme... trop calme et trop serein BON
(le e muet de calme est licite dans ce cas)
Nul guerrier à sa droite... et l’ennemi partout MAUVAIS
(on ne peut réaliser une élision entre droite et et s’il y a temps d’arrêt, s’il n’y a pas élision, il y a hiatus)
Je vous déclare «Oui, reniez-moi, conspuez-moi.». MAUVAIS
(on ne peut tolérer l’élision entre déclare et oui)
Les paris commencèrent «Mes amis» clama Rhas BON
(e muet du mot commencèrent licite)
RÈGLES MÉTRIQUES RELATIVES AUX VERS AUTRES QUE L'ALEXANDRIN
La dimension maximale qui puisse atteindre un vers sans respiration liée à une césure paraît être de 8 syllabes. Si nous considérons cette constatation, on peut définir le décasyllabe selon des règles identiques à l'alexandrin pour des hémistiches de 5 syllabes au lieu de six. Au-dessous de cette limite, le vers, qui peut varier du monosyllabe à l'octosyllabe, pourra comporter facultativement des césures fortes en un lieu quelconque, mais aucune césure faible.
Je ne puis vivre, en ce palais MAUVAIS
(césure faible illicite dans un octosyllabe)
Je ne puis vivre en ce palais BON
Je veux partir, je veux sortir. BON
(césure forte dans un octosyllabe)
Je ne voudrais point, sortir du palais. BON
(césure faible centrale dans un décasyllabe)
Règle de congruence du e muet à l'intérieur d'un vers. Le e muet d'un polysyllabe ne peut être suivi de plus de 3 syllabes avant la fin du vers ou une césure.
La violette répand son baume MAUVAIS
(4 syllabes après le e muet de violette)
La valériane s'épanouit BON
(3 syllabes après le e muet de valériane)
La menthe répand son odeur BON
(Il y a plus de 3 syllabes après menthe, mais il s'agit d'un monosyllabe)
Remarque: dans l'alexandrin, la règle est automatiquement respectée, en effet:
L'homme se tenait là, visage renfrogné BON
(visage est un polysyllabe minimum, ce qui entraîne la possibilité de 3 syllabes au maximum après lui)
RÈGLES PHONIQUES
Règle : Toute liaison possible entre deux mots à l’intérieur d’un vers doit être à la lecture obligatoirement respectée, qu’il y ait ou non une césure entre les mots considérés, en conséquence, certains cas de liaisons incongrues devront être évitées.
Il bascula d’un coup, afin de s’échapper À ÉVITER
(la liaison coup afin est incongrue, si on ne la fait pas il y a hiatus, ce qui est illicite)
Règle : Toute cacophonie, c’est-à-dire toute répétition de deux consonnes contiguës sera proscrite aussi bien à l’intérieur du vers qu’entre deux vers, que ces vers appartiennent ou non au même paragraphe. La répétition de certaines consonnes incompatibles sera évitée: sse et ze, f et v, ge et ch..., de même les répétitions de consonnes dues aux liaisons.
Lors il fit au cornac, un signe imperceptible.
L’animal se baissa, puis l’homme descendit MAUVAIS
(imperceptible et L’animal)
L’animal se baissa, cependant il barrit MAUVAIS
(baissa, cependant)
L’homme fut vénéré, comme une idole sainte À ÉVITER
(fut vénéré)
Il était arrivé, depuis un an déjà À ÉVITER
(était arrivé)
Règle : Tout hiatus sera proscrit aussi bien à l’intérieur d’un vers qu’entre deux vers, si ceux-ci appartiennent au même paragraphe.
L’hiver est arrivé, les hirondelles fuient
Un vent glacial pénètre, au fond de la forêt MAUVAIS
(hiatus entre fuient et Un)
L’hiver est arrivé, ainsi fuient les saisons MAUVAIS
(hiatus entre arrivé et ainsi)
Il s’ensuit que tout vers à l’intérieur d’un paragraphe doit commencer obligatoirement par une consonne. En effet, si un vers se termine par un e muet, il y a hiatus avec le vers suivant commençant par une voyelle car aucune élision ne peut être admise entre deux vers ; si le vers se termine par une consonne, on ne peut éviter une liaison illicite avec le vers suivant commençant par une voyelle.
L’hiver est arrivé, l’hirondelle s’envole
Un vent glacial pénètre, au fond de la forêt MAUVAIS
(selon le temps d’arrêt plus ou moins long que l'on respecte à la fin du vers, il y a entre s’envole et Un soit un hiatus, soit une élision illicite)
Les plantes étalaient, un vert luisant ou mat
Un arbre s’éployait, dans le ciel azuré MAUVAIS
(une liaison illicite ne peut être évitée entre mat et Un)
Notons que le h aspiré, assimilable à une consonne muette, ne peut engendrer d’hiatus.
Règle : Les liaisons consécutives par la même voyelle seront évitées.
Des joyaux, améthystes et jais, des rubis À ÉVITER
(za entre joyaux et améthystes, zé entre améthystes et jais)
Règle : On évitera les allitérations incongrues, c’est-à-dire les sons identiques séparés par un ou plusieurs sons lorsqu’aucun effet de symétrie ne le justifie.
Dans mon esprit, soudain, je vis l’Homme de Rome À ÉVITER
(Homme et Rome)
Le vide alors s’ouvrit, effrayant, terrifiant BON
(allitération licite de effrayant et terrifiant)
Règle : On n’admettra qu’un seul e muet à l’intérieur d’un groupe de mots défini par une césure principale.
La haine s’éteignit, comme toute rumeur MAUVAIS
(e muets de comme et toute)
Règle : On évitera dans un vers d’établir un e muet sur la syllabe re, qui le tolère mal, notamment lorsque le mot est un polysyllabe.
La bagarre cessa, faute de combattants À ÉVITER
(bagarre)
REGLES SYNTAXIQUES
Les règles de syntaxe ne sont pas réellement liées à la prosodie, cependant le langage poétique gagne à satisfaire à des règles plus strictes que celles admises pour la prose.
Les prépositions, les participes présents, les participes passés (en dehors de ceux qui font partie d’un groupe verbal), les conjonctions ne seront admis qu’une seule fois dans une même phrase, sauf dans une structure en cascade ou encore symétrique.
Pour lui notre soleil, qui n’est plus qu’une étoile MAUVAIS
(répétition illicite de que et qu’ en structure emboîtée)
Pendant que les soldats, surveillent les provinces
Que centurions, légats, tribuns ou bien questeurs BON
(répétition licite de que en structure cascade)
Le solide rempart, du sol de la patrie MAUVAIS
(compléments de nom emboîtés introduits par de)
Des colliers de rubis, miroitaient dans la nuit MAUVAIS
(La répétition de des et de est illicite même si les deux termes n’ont pas la même fonction)
Les étoffes de soie, de linon, de batiste BON
(compléments de nom en cascade)
Muré dans son église, il avait le teint pâle
D’une momie séchée, qui ne voit point le jour. MAUVAIS
(répétition illicite des participes passés muré et séché, même si le second n’introduit pas une proposition secondaire comme le premier)
Les yeux jaunis, cernés, le front couperosé BON
(participes passés en position symétrique)
Règle : La répétition des participes et de leurs noms ou adjectifs dérivés sera évitée lorsqu’ils sont utilisés en structure emboîtée et non en cascade ou en situation symétrique. Cette répétition est mieux tolérée par les participes passés que par les participes présents.
L’on voyait dans le fond, les cadavres sans teint
De temps en temps laissant, des stigmates sanglants À ÉVITER
(répétition de laissant et sanglants)
L’on voyait dans le fond, les noirs agonisants
De temps en temps laissant, des gouttes écarlates À ÉVITER
(répétition de agonisant et laissant)
PONCTUATION - TYPOGRAPHIE
Le genre poétique justifie l'emploi d'une ponctuation différente de la ponctuation classique. Les signes sont les suivants.
« , » : indique une césure, c'est-à-dire un bref temps d'arrêt. La liaison phonétique ou l'élision, le cas échéant, avec le mot qui suit sont obligatoires.
« . » : fin d'une phrase.
« ? » : interrogation
« «...» » : limite strictement les paroles prononcées par un personnage. Il n'inclut pas les fragments de texte tels dit-il... Un changement d'interlocuteur se traduit par la fermeture et la réouverture des guillemets.
« "..." » : indique une citation, notamment à l'intérieur d'un dialogue.
« ... » : suspension.
« -- » ou « - »: indique un temps d'arrêt important.
Tous les signes de ponctuation autres que la virgule dispensent du point en fin de phrase. De plus, ils interdisent, sauf la virgule, toute liaison phonétique ou élision avec le mot qui suit. Rappelons que tout signe de ponctuation signifie une césure. D'autre part, une fin de vers est un temps d'arrêt obligatoire, ce qui dispense de toute présence de virgule à ce niveau.
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